Dimanche dernier, les disciples, sur la route de Jérusalem, discutaient pour savoir lequel d’entre eux était le plus grand.
Cette semaine, nous entendons saint Jean s’offusquer : « Maître, nous avons vu quelqu’un chasser des esprits mauvais en ton nom ». Manifestement, nous restons dans les mêmes préoccupations de préséance ; mais cette fois, la concurrence vient de l’extérieur.
Quelqu’un pratique un exorcisme au nom de Jésus, « nous avons voulu l’en empêcher » car il ne répond pas aux critères nécessaires : « il n’est pas de ceux qui nous suivent ».
Jean dit « qu’il nous suive » et non « qu’il te suive ».
Pour lui, on ne peut réaliser des prodiges au nom du Christ que dans la mesure où l’on est uniquement dans le groupe des proches de Jésus, des douze. La situation n’est pas sans ironie, nous savons que les disciples n’ont pas réussi à chasser certains démons…
Cela montre que l’appartenance au groupe n’est pas le seul critère de réussite et surtout que leur motivation est ailleurs. Mais si on y réfléchit bien, leur réaction est logique : à quoi bon être chrétiens, c’est-à-dire peiner pour conformer sa vie à l’évangile, si n’importe qui peut accéder aux mêmes privilèges, même s’il vient « de l’extérieur » ?

Jésus répond à Jean, avec la patience que nous lui connaissons. Il demande simplement de n’exclure personne. Jésus ne fait aucune remontrance : il sait quels doutes nous avons sans cesse sur notre valeur et comment ces doutes nous poussent à nous comparer sans cesse aux autres. Il répond simplement : « ne l’empêchez pas ».

Jésus fait appel à leur intelligence. Il ouvre à ses disciples de nouveaux horizons : « parce que celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous ».
La logique est simple et naturelle : comment celui qui agit dans la force de l’Esprit Saint au nom du Christ pour lutter contre le mal, pourrait-il se retourner contre le Seigneur ? En outre, comment une telle action pourrait-elle être néfaste à qui que ce soit ? Le bien que Dieu fait par les hommes ne peut nuire à aucun homme. Il peut même être bénéfique à d’autres : « celui qui n’est pas contre nous est pour nous »

Le premier bénéfice est sans doute la stimulation. Si quelqu’un, en dehors de notre communauté, au nom du Christ réalise de tels prodiges, normalement n’importe qui d’entre nous peut le faire. Nous n’avons pas le monopole sur la lutte contre le mal et l’injustice, au nom du Christ.
Et si quelqu’un vit des vertus évangéliques c’est une stimulation pour nous !
A la condition que nous nous laissions remettre en question…

L’autre bénéfice qui n’est pas des moindres c’est la compréhension que l’on peut avoir de soi-même. Nous avons tous une manière de mettre l’évangile en actes qui correspond à nos talents et à notre place dans le Royaume. Dans les œuvres de charité, la concurrence ne peut exister.
Des missions peuvent être abandonnées ou transmises, déposées ou reprises, mais ce que chacun peut faire – ou aurait pu faire – est autant unique que nous.

Enfin, cette occasion de changer notre regard sur la pratique des préceptes évangéliques devient pour nous une manière de vivre autrement nos pratiques.
Il est facile de ne garder en tête qu’une liste de « devoirs » chrétiens : rendre service aux autres, donner sans rien attendre en retour, habiller celui qui est nu, donner à boire à celui qui a soif, etc.
En un mot : expérimenter qu’il y a plus de joie à donner qu’à recevoir.
Mais Jésus inverse à présent le mouvement : « Celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense ».
Notre qualité de chrétien nous invite également à recevoir sans espérer rendre en retour, pour le bonheur de celui qui prend soin du Christ en nous.
Voilà une occasion de beaucoup grandir en humilité, une occasion aussi de manifester de la gratitude envers celui qui agit avec justice. Cela est aussi important qu’agir avec justice.
Pour conclure, cette situation nous rappelle que nous dépendons en toute chose de la grâce de Dieu. Ce faisant, notre prochain va nous permettre de chasser de nos cœurs les démons de la suffisance et de la domination.

Oui Seigneur Jésus, nous te rendons grâce pour ton œuvre qui nous dépasse. Pour Tout ce qui se fait en ton nom en dehors de nous.
Aide-nous à nous débarrasser du sentiment de suffisance et de domination. Apprend-nous à servir mais aussi à laisser l’autre nous servir. Ainsi nous devenons pour les autres, sans le savoir, le vecteur de ton amour et de ta présence. N’est ce pas aussi cela être porteur de bonne nouvelle ?

Amen