Frères et sœurs, aujourd’hui la liturgie nous donne d’être invité à un repas de noce mais ne nous trompons pas de repas. Il s’agit des noces éternelles entre le fils bien aimé du Père et son Église, pour qui il s’est livré, pour qui il a tout donné, c’est-à-dire : sa vie comme un mari pour sa femme, tout donner pour celui ou celle qu’on aime.

Un élément du récit nous aide à comprendre cette perspective : « Le troisième jour » : les noces de Cana se situent trois jours après l’appel des premiers disciples. Cette précision chronologique est bien sûr intentionnelle : il s’agit d’une allusion aux trois jours d’attente de la manifestation de la victoire du Ressuscité.

L’événement de Cana est à interpréter à la lumière du véritable mystère d’alliance : le mystère pascal.

Au cœur du récit, deux acteurs : Jésus et une femme, dont le nom n’est pas divulgué. Elle est désignée comme la « Mère de Jésus », mais celui-ci l’interpelle sous le vocable de « femme ». C’est elle, la « Femme », qui intervient pour signaler que le vin manque, mais elle ne demande rien. « Femme » ; il lui demande littéralement : « quoi entre toi et moi ? » Cette parole est probablement un cri d’émerveillement devant la complicité qui vient de s’instaurer avec celle qui fut jusque là sa mère selon la chair.

Par sa demande, en effet, elle vient de manifester son consentement à entrer dans une nouvelle mission. Elle lui sera pleinement dévoilée au pied de la Croix.

C’est à l’« Heure » de la Passion que se révèlera la véritable identité de « la Femme », Elle représentera alors l’humanité nouvelle, « la Mère » restaurée par le sacrifice pascal que l’on appelle l’Église.

Dans l’évangile de saint Jean, tout le ministère de Jésus se situe entre ces deux repas : celui de Cana et celui de la Cène. Ces deux repas s’interprètent et s’éclairent mutuellement.

La nouvelle Alliance, Jésus la conclura dans sa vie donnée, dans son sang versé, le véritable vin des noces éternelles. La vie donnée et le sang versé sont la source de la joie et de la gloire, comme à Cana. Dans St Jean, C’est en termes de glorification et d’exaltation que « l’Heure » de la Passion est exprimée.

Cana n’est donc pas seulement une anecdote illustrant la délicatesse d’un Jésus doté de pouvoirs bien utiles pour des amis imprévoyants.

C’est un repas de noces, évocateur de ces noces éternelles entre Dieu et son Peuple, entre Dieu et l’humanité « Comme la jeune mariée est la joie de son mari, ainsi tu sera la joie de ton Dieu. » (Isaïe 62. 5)

L’Église, en choisissant ces textes, nous dit que, par delà le banquet de Cana, le vrai banquet auquel Jésus participe, ce sont les épousailles de Dieu et de l’humanité, la Nouvelle Alliance. C’est lui le véritable époux.

A ce nouveau banquet, l’eau de la purification ne suffit plus.

Les 6 cuves de pierre sont bien utiles, mais elles prennent une autre destination. Pour le banquet des temps nouveaux, il faut du vin. Là encore cela nous renvoie au repas pascal ou Jésus donnera un sens nouveau au geste d’ablution de début de repas.

Il posera le geste inouïe de l’esclave mais prendra la signification du geste de l’amour absolu. Geste qui est reproduit tous les Jeudis Saint dans nos églises.
Pour l’heure l’eau devient du Vin. C’est le vin nouveau qui fait craquer les vieilles outres et il est meilleur que ce qui a été donné de boire auparavant comme le constate le responsable du repas de Cana.

Plus tard, le vin deviendra le sang du Christ. Pour enfin accomplir le plus grand miracle qui soit pour qu’en recevant le corps et le sang du Christ nous soyons transformés en christ. Notre vie devient sa vie, notre amour, son amour. « Par Lui, avec Lui et en Lui ». Cette cuvée là est unique et exceptionnelle.

Dans quelques instants, je dirai : « Heureux les invités au festin des noces de l’Agneau » : Puissions-nous exulter de joie en nous approchant de la Table ou le Christ Époux fait de son Église son Épouse éternelle, et puissions-nous lui rendre grâce en « chantant le cantique nouveau » (Ps 95) des rachetés du Seigneur.

S’approcher de cette table n’est pas anodins, ce n’est pas un geste social, ni un geste d’appartenance à un groupe, c’est vouloir vivre de sa vie à lui et être comme lui. C’est accepter de se laisser transformer et vivre de ces préceptes. Pensons-y avant d’agir.

N’est-ce pas ce que souhaite la Femme présente aux noces de Cana et qui nous dit à tous « Faites tout ce qu’il vous dira » pas ce que vous voudriez faire, ni ce que nous voudrions entendre mais bien ce qu’il vous dira. Encore faut-il l’écouter dans le secret de la prière et dans le silence. C’est à cela que je nous invite maintenant, car maintenant nous faisons cela en mémoire de Lui.

Amen