En ce troisième dimanche, nous retrouvons non pas à onze mais à sept, un peu pour nous avertir que ce qui va se passer aura valeur de plénitude.

Cette pêche infructueuse et miraculeuse, c’est à chacun de nous d’en faire l’expérience.

Voilà, en quelque sorte, l’ordinaire des compagnons de Jésus de tout les temps.

Après la résurrection, Jésus, même s’il est ressuscité, n’est plus physiquement avec eux quotidiennement. Les Sept, donc, reviennent à leur travail ordinaire, à leur vie quotidienne. L’Esprit Saint ne les a pas encore bousculés et poussés aux larges pour annoncer l’Évangile.

St Jean, nous invite à interpréter la pêche nocturne comme une description sous forme de symbole, du travail d’évangélisation (le nombre de poissons capturés en jetant le filet de la Parole sur l’ordre de Jésus : « cent cinquante-trois » correspond au total des nations connues à l’époque de la rédaction du quatrième évangile.)

Ainsi donc nos sept compagnons s’activent à l’annonce de la Parole, mais leurs efforts demeurent stériles. Pourtant, ils connaissent leur « métier » : ils ont été à l’école du Seigneur lui-même ? On peut imaginer le découragement de ces hommes devant le refus de leurs interlocuteurs à leurs efforts d’évangélisation. Ça ne marche pas.

Le Seigneur les aurait-il abandonnés ?

Non, Jésus ne s’était pas éloigné ; il laisse faire et souhaite même que la communauté passe par cette expérience de l’échec, pour retrouver son dynamisme originel.

L’écoute attentive du Seigneur et l’obéissance à son appel, sont bien plus importantes que nos stratégies longuement réfléchies et patiemment mises en place ; N’oublions jamais que notre Maître, c’est le Christ (Mt 23, 10) : c’est lui qui appelle et qui envoie, c’est lui qui assure la fécondité.

Simon-Pierre le comprend : oui c’est bien « le Seigneur » qui appelle à un plus grand dépouillement, à un radical abandon. Il prend conscience que, s’en rendre compte, il avait quitté le vêtement de la foi, pour agir plus librement en son nom propre.

Se ressaisissant, « il passe un vêtement et se jette à l’eau ». Abandonnant tous ses stratagèmes, il a un grand désir de rejoindre Jésus sur le rivage. Celui-ci a préparé pour les siens un repas. Décidément qu’est qu’on mange dans la bible.

Ce repas c’est la figure du repas hebdomadaire ou Jésus nous invite tous pour refaire nos forces, pour nous recentrer sur l’essentiel : l’Eucharistie.

C’est là, que toute communauté se constitue, se structure ; c’est dans l’Eucharistie qu’elle se retrouve et refait son unité. C’est de l’Eucharistie qu’elle est envoyée pour récolter ce qu’elle n’a pas planté, moissonner ce qu’elle n’a pas semé.

Mais aussi, surtout là, que nous avons à donner notre réponse à Jésus.

Pas une réponse d’efficacité ou contractuelle mais une réponse d’amour.

L’épisode de la rencontre personnelle de Pierre et de Jésus en est un bel exemple. Quand Jésus demande trois fois à Pierre s’il l’aime, c’est pour lui donner la possibilité d’effacer son triple reniement.

Dieu est beaucoup plus indulgent que nous tous. Il donne toujours aux hommes une deuxième possibilité ; souvent une troisième, une quatrième, un nombre infini de possibilités pour se reprendre. N’est-ce pas cela la miséricorde de Dieu ?

Il ne raye personnes de son livre, à la première erreur. Ils nous invitent à la conversion. C’est ce que nous avons fêté dimanche dernier avec la miséricorde divine.

Pierre ne sera plus le même. La confiance et le pardon de Jésus ont fait de lui une personne nouvelle, forte, qui sera fidèle jusqu’à la mort.

De pécheur de poissons, il va devenir pécheur d’hommes et de pécheur d’hommes il deviendra berger du troupeau qu’est l’Eglise.

Il la conduira dans les tous les moments qu’elle traversera.

Et il donnera sa vie pour le Christ.

Le dialogue entre Jésus et Pierre peut-être transposé dans notre vie.

Ce « M’aimes-tu ? » s’adresse à tous ses disciples, même encore aujourd’hui.

Le christianisme est une relation d’amitié avec la personne même de Jésus Christ. Pas une idée, mais une personne vivante.

Plusieurs fois durant son ministère Jésus avait demandé aux personnes : « Est-ce que tu crois ? » mais jamais : « Est-ce que tu m’aimes ? ».

Il ne le fait que maintenant, après avoir donné la preuve, à travers sa passion et sa mort, qu’il nous a aimé jusqu’au bout. Il nous a aimé jusque là (la croix). Ce n’est pas pour son propre intérêt qu’il a vécu cela mais bien pour nous.

Dans sa rencontre avec Pierre, Jésus lui explique que la manière de l’aimer est de servir les autres : « M’aimes-tu ? Alors Pais, conduit, sert mes brebis ».

Jésus ne veut rien recevoir, pour lui, en retour. Il souhaite que ce soit ses brebis qui bénéficient des fruits de son amour.

C’est comme s’il lui disait : « Je considère que ce que tu feras pour mon troupeau, c’est à moi que tu le feras ».

Notre amour pour le Christ ne doit pas demeurer quelque chose d’intimiste et de sentimental, mais il doit s’exprimer dans le service de la communauté, en vue du bien à accomplir pour le prochain. C’est à cela que nous reconnaissons si notre démarche est authentiquement chrétienne.

L’Église a commencé comme cela et devra toujours continuer en ce sens.

Dans quelque instant, nous allons pouvoir répondre à Jésus grâce à notre participation à l’Eucharistie. N’oublions jamais que c’est un engagement, un « Amen » pour servir l’Église et les frères et sœurs qu’il mettra sur notre route et cela au prix même de notre propre vie.

Alors en ce dimanche, maintenant Jésus nous demande, me demande « m’aimes-tu ? ». A nous de lui répondre.

AMEN