Frères et Sœurs, êtes-vous prêts pour le départ ? Dans notre vie, on passe notre temps à partir, quitter. De manière originelle, quitter le ventre de sa mère, puis quitter l’enfance, l’adolescence, quitter quelqu’un, un lieu, quitter une illusion, un projet, un métier, que sais-je ? et ultimement, nous aurons quitter cette vie.

Abraham a été confronté à un départ fondamental : « quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai ». Lekh Lekha : va pour toi, va en toi – en t’appuyant sur moi.

Dieu nous met en mouvement. Dieu est mouvement en lui-même, sans cesse sortie de soi pour le don de soi : c’est le mystère de la Trinité.

La vie chrétienne, la vie en Dieu, est une vie en sortie, en mouvement, en départ.

Fondamentalement, c’est ce que nous vivons pendant ce carême. Une longue sortie. Un long exode (marcher hors – sortir), comme les Hébreux dans le désert qui pendant 40 ans, étant sortis d’Egypte et de la mort, sont en marche dans le désert avec le Seigneur pour entrer dans la Terre Promise.
Pendant 40 jours nous sortons de nos conforts, nos habitudes, nos lourdeurs, notre péché autant que possible, pour marcher avec le Seigneur, vivre la rafraichissante expérience du désert et entrer dans la joie de Pâques.

Mais fondamentalement, c’est ce que nous vivons pendant toute notre vie de chrétiens ! Cette vie-là, que nous menons et qui est belle bien sûr, est une marche, un long pèlerinage, une longue sortie de Dieu vers Dieu, de Dieu qui nous a créés et rachetés vers Dieu qui nous attend dans la maison, le Ciel.

Peut-être vous le rappelez-vous mais les Hébreux dans le désert à un moment sont nostalgiques… Paradoxe ! Nostalgiques de l’Egypte où ils étaient esclaves mais…ils regrettent les oignons, et les concombres, les melons, les poireaux, l’ail. Ils n’en peuvent plus de la manne… Ah oui, le don de Dieu a parfois du mal à passer dans nos gosiers d’enfants gâtés. C’est étonnant mais parfois on peut regretter nos situations de servitude, même notre péché !

Sans cesse, mes amis, sans cesse, il nous faut quitter cette Egypte intérieure pour aspirer à la liberté un peu rude du désert, car ce qui doit réjouir notre cœur c’est la présence aimante du Seigneur – que cela nous rassasie !

Nous voyons le Seigneur Jésus dans l’Évangile vivre une expérience fondamentale de sortie de soi. Quel passage étonnant ! Comment a-t-il vécu cela dans son humanité ? A-t-il été surpris ? étonné lui-même ? Nous avons entendu Matthieu aujourd’hui mais Luc nous précise quelque chose. Savez-vous de quoi Élie et Moïse s’entretiennent avec Jésus ? De son exode. Et oui ! son grand départ ! Cette expérience de transfiguration, d’illumination, doit soutenir les disciples, mais surtout le Christ lui-même alors que quelques semaines après, avec les 3 mêmes apôtres, il sera…défiguré à Gethsémani. Jésus accomplit au moment de la Transfiguration le grand tournant, géographique et spirituel, et marche résolument vers le don de sa vie.

Les yeux fixés sur Jésus-Christ, entrons dans le combat de Dieu !

Amen