Pour commencer permettez-moi de vous raconter une rencontre que j’ai faite à l’accueil :

« Un homme d’une trentaine d’année parlant un anglais approximatif m’attendait. Il s’appelle Mustapha, est Égyptien et est de religion musulmane. IL venait me demandait comment faire pour devenir chrétien. Après quelques questions je lui demande, qu’est ce qui l’a poussé à cette démarche, alors qu’il est musulman. Il m’a raconté qu’il y a peu, il était en Corée du sud et avait des problèmes personnels. Les seuls personnes qui l’on aidées se sont des chrétiens. Il avait profité d’eux et même, malgré le mal qu’il avait pu faire, ces personnes lui ont pardonné.

Suite à cela, il leur pose la question « mais pourquoi pardonner, ce n’est pas normal, chez nous on ne pardonne pas ». Il leur réponde qu’ils sont chrétiens et qu’ils sont invités à pardonner comme Jésus a pardonné. Aujourd’hui il demande le baptême. Malgré la persécution qu’il subira.»

Une Visitation d’amour ! Voilà ce qu’est le pardon. Voilà le signe qui appelle à se mettre en route

« Eh bien moi je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent ! »

Devant l’exigence d’une telle parole, nous pouvons nous se sentir incapables d’un tel pardon, d’un tel amour, parce que la souffrance est trop vive. Il faut alors laisser le temps apaiser la douleur pour que la cicatrice puisse, peu à peu, se faire.

En entendant cette parole : « Aimez vos ennemis », vous vous êtes peut-être dit « Cette parole n’est pas pour moi car je n’ai pas d’ennemis… » Est-ce si sûr ?
L’ennemi, ce n’est pas seulement l’ennemi en temps de guerre.

L’ennemi, ou celui que je considère comme tel, est peut-être plus près de moi que je ne pense : dans le voisinage, dans la famille ou au travail ?

  • Ceux sont des parents ou des enfants avec lesquels nous nous sommes brouillés.
  • C’est un collègue de travail qui a eu la promotion que je pensais avoir.
  • C’est un voisin indélicat que je ne supporte plus.
  • C’est un paroissien que je ne veux surtout pas croiser et c’est pour cela que je change de trottoir quand je le vois arriver ou que je calcule l’heure de la messe pour ne pas être avec lui autours du Christ

« Aimer ses ennemis » ne veut pas dire éprouver pour eux de l’affection ou de la sympathie. D’ailleurs Jésus, dans ses rencontres souvent tendues avec les scribes et les pharisiens, a quelquefois des paroles dures à leur égard.

Mais, à l’instant suprême de la croix, il implore son Père : « Père, Pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. »
Comment trouver en nous le courage de pardonner si ce n’est en nous tournant à notre tour vers le Seigneur pour qu’il nous donne sa force et surtout son amour, cet amour qui va jusqu’à pardonner ?

Jésus a pour nous tous un grand projet, celui qu’il nous révèle dans ses paroles de feu du Sermon sur la montagne :

Il ne nous propose pas une vie spirituellement rabougrie du style : « Œil pour œil, dent pour dent. » ou « Donnant-Donnant ». Et pourtant, la loi du talion était déjà un progrès par rapport à la vengeance privée non contrôlée.

Dans le livre des Lévites, Dieu s’adresse à Moïse et donne ses recommandations pour le peuple : « Tu ne garderas pas de rancune contre les fils de ton peuple ; tu ne te vengeras pas et tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Pour Jésus, le cœur de son message, c’est finalement : « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait. »

Non pas seulement : « Soyez parfaits. » Car nous ne cherchons pas un idéal tout à fait impossible à réaliser par nos propres forces. Nous ne le savons que trop bien.
Mais : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » C’est tout différent. Jésus vient en quelque sorte nous dire : « Aimez comme Dieu aime » Ou encore : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. »

Il ne nous donne pas de recettes miracles pour affronter les difficultés de la vie mais il nous invite à nous laisser habiter par son regard, sa Parole, son cœur, dans toutes nos relations.

  • Aimer comme Dieu aime, ce n’est pas profiter de celui que nous prétendons aimer, l’aimer pour nous, pour ce qu’il nous rapporte.
  • Aimer comme Dieu aime, ce n’est pas non plus une affaire d’attirance spontanée pour un ami, des voisins, en se désintéressant des autres.
  • Aimer comme Dieu aime, ce n’est pas simplement éprouver une pitié passagère devant une détresse en y apportant un secours ponctuel avant de penser à autre chose et de poursuivre son chemin.
  • Aimer comme Dieu aime, c’est aimer comme Jésus : c’est aimer même, si nous n’avons aucune réponse de l’autre.

C’est renoncer à la vengeance, tenter de faire un pas vers l’autre, demander la grâce du pardon. Tendre de nouveau la joue pour risquer le baiser de Paix.

Voilà ce qui nous distingue des autres religions. Voilà ce qui fait notre exclusivité.

Oui frères et sœurs la barre est haute.

Disons-le, nous n’y arriverons jamais parfaitement en ce monde. Le Christ nous montre un chemin et il nous donne son Esprit de sainteté pour que nous puissions y tendre davantage, en le recevant de lui.

Dans le geste de paix que nous échangerons tout à l’heure, je vous invite à porter dans votre cœur, le nom d’une personne à qui, peut-être, vous n’arrivez pas à pardonner.
Et cela afin que se réalise ce que nous aurons demandé auparavant dans la prière du Notre Père : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. »

Commençons déjà modestement dans des petites choses peut être arriverons nous un jour au « grand pardon ».

AMEN