« Le jour commençait à baisser. Alors les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent : « Renvoie cette foule : qu’ils aillent dans les villages et les campagnes des environs afin d’y loger et de trouver des vivres ; ici nous sommes dans un endroit désert. Mais Jésus leur dit : “Donnez-leur vous-mêmes à manger” ».

Frère et sœurs, Jésus avait, au par avant, déjà donné aux Douze la mission de prêcher l’évangile et de guérir les malades. Maintenant il leur confie quelque chose de nouveau : de donner à manger aux foules. De se débrouiller pour qu’ils aient à manger, de les nourrir.

Le passage de ce dimanche de la multiplication des pains et des poissons indique que Jésus montre comment Dieu veut que les hommes se comportent.

Selon les disciples, c’est aux gens de la foule d’aller s’acheter des vivres. Alors que pour Jésus, au lieu d’acheter il faut partager. Cela signifie que les relations entre nous et les autres, doivent changer.

Nous avons là tout le sens de l’Eucharistie, qui dit non seulement la présence de Dieu au milieu de son peuple. mais une présence que je dirai, transformée en pain rompu et une vie partagée.

Si les disciples étaient allés eux-mêmes acheter du pain pour la foule, ils auraient eu un geste de philanthropie, et non un geste de don de soi, capable de révéler un nouveau visage de Dieu, communion d’amour et de don.

Et ainsi se lève un nouveau jour. En effet, ce n’est pas par hasard si saint Luc a écrit: « Le jour commençait à baisser » : comment oublier le soir des disciples d’Emmaüs mais surtout le soir de la Cène quand il institua l’Eucharistie: le jour arrivait à son terme et il en commençait un « nouveau ». Quand nous pensons être à la fin de la journée, cette fin est en fait le début de Sa journée : le jour sans fin de Dieu, le jour de l’éternité que nous célébrons chaque dimanche.

Pour saint Luc, la distribution des pains, la dernière Cène, le repas d’Emmaüs, sont les piliers autour desquels se manifeste la logique de l’existence de Jésus : une vie offerte en don.

L’Eucharistie est ce don: le Corps et la vie du Fils de Dieu lui-même. Dans l’Eucharistie, nous ne recevons pas un petit bout de pain, nous ne posons pas un geste ou tout le monde doit faire pareil. Nous recevons en don « le corps du Christ donné pour nous et pour tous ».

Ce que Dieu avait promis il l’accompli « Dieu avec nous, Dieu en nous ».

Dans chaque eucharistie, dans chaque messe, nous recevons une vie nouvelle, à travers le Fils de Dieu lui-même. L’important est de ne pas garder ce don pour soi, mais de le partager.

Mais pour que ce partage soit possible il y a une seule condition il faut que le pain soit rompu, brisé partagé coupé.

Le verbe « rompre » apparaît dans tous les récits illustrant l’institution de l’Eucharistie, dans ceux parlant de la multiplication des pains et celui des disciples d’Emmaüs. Les verbes sont toujours quatre: il prit, bénit, rompit et donna.

Si Jésus accepte d’être coupé en morceau sans hésitation ni résistance, c’est par amour pour nous. Jésus partage sa vie en « la brisant ».

Pour être comme Lui, comment pouvons-nous apprendre de Lui ?

En faisant la communion et acceptant de nous « distribuer » en toute confiance. Aujourd’hui Jésus nous invite à nous donner, en vivant de manière eucharistique, c’est-à-dire être uni à lui et à vivre en nous offrant.

Soyons toujours prêts à recevoir l’amour intime du Seigneur et à le rendre sous forme de prière et de service. Nourrissons-nous chaque dimanche à la table Eucharistique. Offrons- nous au Père. Convertissons nos cœurs en une véritable offrande sainte et agréable Dieu comme dit l’épitre de St Pierre.

Frères et sœurs, pour redécouvrir la grâce et le bonheur de l’Eucharistie offerte, il faut sans doute faire sienne cette petite phrase de la petite Thérèse de Lisieux :

« Devant Dieu, il faut se présenter les mains vides ».

Pourquoi ? Sinon parce qu’elle a tout déposé sur l’autel et ensuite qu’elle attend tout de Dieu. D’un Dieu qui se donne, qui nous saisit dans une étreinte d’amour, pour qu’à notre tour nous sachions saisir ce monde c’est-à-dire notre prochain, par le même amour.

L’Eucharistie est une affaire de mains tendues, une affaire d’engagement et de responsabilité fraternelle. Célébrer le Corps et le Sang du Christ, ce n’est pas seulement boire et manger mais aussi se lever, agir, se rencontrer, guérir à notre tour.

Aujourd’hui, en cette fête du corps et du sang du Christ, laissons-nous saisir et entraîner sur la voie de la confiance et de l’amour. Le Christ est notre vrai pain, car il est vrai Dieu. Sachons l’accueillir et nous émerveiller de sa présence, il vient nous nourrir, nous guérir, il veut faire de nous des tabernacles de sa présence, il veut faire de son Église le Temple de son Esprit : rendons grâce et réjouissons-nous simplement.

AMEN