Dans un discours en 2014, aux mouvements populaires de l’Église, en Amérique Latine, le pape parla de deux dons précieux : la paix et la nature, et de trois droits sacrés de l’homme et de la femme. Ces droits sacrés sont ceux que chaque père ou mère souhaite pour ses enfants. Le pape les appelle les 3T. Il s’agit d’une terre, d’un toit et d’un travail.

En ce jour de l’Ascension, j’aimerais partir du deuxième : un toit. C’est-à-dire une maison. 

Avec la crise sanitaire, une crise économique importante se profile. Comme le dit notre vicaire général : Les chrétiens doivent se préparer à accueillir la misère post-confinement.

Dans notre paroisse, nous avons besoin d’ouvrier à la vigne du Seigneur pour accueillir le plus pauvre. Car la vérité de l’Évangile n’est pas ailleurs : l’accueil de celui qui a besoin d’aide. Quand on s’éloigne de cet accueil, quelque chose commencer à sonner faux dans notre christianisme.

Avec les enfants du catéchisme, nous avons évoqué cette année les prisonniers, leur souffrance et leur espérance. Les enfants leur ont écrit une carte pour Noël, et Claire qui y travaillait a dit aux enfants combien ce geste donnait de la joie et de l’espérance aux prisonniers. Un enfant pense à eux. L’avenir est possible, l’avenir m’attends à ma sortie de prison.  L’année d’avant, les enfants du KT avaient découvert la réalité des migrants, avec Sr Marie Jo. Elle a témoigné aux enfants de ce qu’elle vivait avec ces centaines de migrants rencontrée chaque jour avec son équipe à Paris.

Or, justement, dans le cadre de notre partenariat paroissial avec le programme jésuite JRS Welcome, mise en place il y a un an et demi maintenant, la paroisse vient d’accueillir une nouvelle personne, un homme qui n’a plus ni terre ni toit : il s’appelle Nabeel et vient de Pakistan. Il a 30 ans. Il va être accueilli pendant 5 mois, par deux familles de la paroisse puis par un paroissien. Par cette hospitalité, Nabeel va refaire l’expérience de sa dignité d’homme, et il va pouvoir aussi donner aux accueillants quelque chose de sa culture, de sa personnalité, de son courage devant toutes les difficultés rencontrées.

Par cette hospitalité, Nabeel,  fera l’expérience d’un toit accueillant, d’une maison accueillante. Et c’est là où nous trouvons le lien avec notre fête de l’Ascension.

Jésus monte au ciel. Cela ne veut pas dire qu’il se transforme en oiseau. Cela veut dire qu’il rejoint le toit du Père, la maison du Père, le toit du ciel… Ce n’est pas une maison en bois, en paille ou en brique, c’est une maison qui s’apparente à un Royaume, au Royaume des Cieux. Ce Royaume a une caractéristique centrale : l’amour. C’est un Royaume éternelle, car l’amour est éternel en lui. C’est un Royaume sans limite, parce que l’amour est sans limite en lui.  Après sa mort, Jésus ressuscite le 3ème jour, 40 jours plus tard, il monte aux cieux. On ne dit pas Ciel au singulier, on dit les Cieux, c’est le Ciel au pluriel, c’est pour dire combien c’est grand, immense, infini. Et pourtant on s’y sent accueilli. On sent en y allant, qu’on rejoint une famille, on sent que c’est notre terre véritable, que c’est notre véritable toit. Et qu’il n’y aura pas de chômage dans les cieux, mais un temps plein pour le plus beau des métiers : aimer.

Jésus rejoint la maison de son Père. Et il nous ouvre la maison de notre Père. De son Ascension dans la maison du Père, Jésus en parle à Marie Madeleine dans le jardin de la résurrection : Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père.  

Un peu plus tôt dans l’évangile selon St Jean, Jésus précise le sens de l’Ascension à ses disciples : Que votre cœur ne soit pas bouleversé… Dans la maison de mon père, il y a beaucoup de demeures : sinon vous aurais je dit que j’allais vous préparer le lieu où vous serez ? Lors que je serai allé vous le préparer, je reviendrai et je vous prendrai avec moi, si bien que là où je suis vous serez vous aussi.

Voilà la fête de l’Ascension ! Jésus nous offre un toit, une maison, celle de son Père, notre Dieu, dont l’Amour déborde pour nous tous. Jésus nous conduit vers cette maison, il nous montre le chemin, il nous ouvre la porte. Comment nous ouvre t’il la porte ? En entrant lui-même dans la Maison de son Père, avec notre humanité qu’il a pris en se faisant homme, lui qui est Dieu, le Fils unique du Père. A partir de ce jour, A partir de l’Ascension, l’humanité entre en Dieu.

Réunis dans cette maison, et assis l’un à côté de l’autre, Jésus et son Père vont souffler l’Esprit Saint sur nous. Ils vont le répandre sur nous. Ils vont jeter un feu sur la terre ! pour embraser les cœurs du véritable Amour. Ils vont souffler tout l’Amour qui est en Dieu et qui s’appelle l’Esprit Saint. Par son Esprit Saint, Jésus sera alors avec nous tous les jours, pour nous vivifier, nous relever, nous consoler, nous fortifier, et nous conduire ainsi vers la Maison du Père. Nabeel en étant accueilli sous un toit va faire l’expérience qu’un autre toit l’attend, le toit de la maison du Père. En aimant concrètement ceux que nous rencontrons, nous leur donnons de faire l’expérience que le Père les attend dans son Amour. Soyons des témoins de cet amour du Père.

Amen