Frères et sœurs quand un proche vient à décéder, il arrive bien souvent que nous prenions mieux conscience, après coup, de ses qualités. Quand l’effet de choc s’est atténué, voici que son vrai visage nous apparaît plus clairement. Il fallait son départ définitif pour mieux le connaître et l’apprécier à sa juste mesure. “ Ça, c’était bien lui ou bien elle ! ”.

Il en a été de même avec l’Ascension de Jésus. Grâce à son départ, les apôtres arrivent à mieux connaître le Christ et le Royaume qu’il a inauguré. Ils savent dorénavant qu’il est vraiment « l’Envoyé de Dieu » le Fils unique du Père. Durant son ministère public, Jésus avait laissé entrevoir sa familiarité avec Dieu. En guérissant les malades, en chassant les démons, en proclamant une Loi nouvelle, il avait montré une autorité surprenante qui l’égalait à Dieu, au grand scandale des bien-pensants.

Même après Pâques, les disciples ne comprenaient pas clairement sa mission : “ Seigneur, est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en Israël ? ”. Ils rêvent toujours d’un royaume terrestre. L’ascension va les libérer de ces fausses attentes. On serait porté nous aussi à souhaiter que Jésus revienne définitivement et qu’il règle tous nos problèmes. Désolé mais il n’en sera pas ainsi.

Jésus nous laisse avec des responsabilités, des résistances à assumer, des difficultés à affronter. Le Royaume qu’il a instauré est une réalité qu’il nous revient de bâtir. Il est fait de service, d’amour gratuit, de liberté et de communion avec Dieu.

C’est ce royaume que nous sommes appelés à accueillir dans notre quotidien.

Il faut se rendre à l’évidence : sur cette terre, nous ne pourrons jamais voir Jésus de nos yeux, ni le toucher physiquement comme il y a plus de 2000 ans. Depuis sa résurrection, son humanité est totalement transformée. Il est libéré de toutes les contraintes et limites du temps et de l’espace. Il n’est plus restreint à un pays, à un moment de l’histoire, à un petit groupe de disciples.

La fête de l’Ascension nous apprend que Jésus peut habiter désormais le cœur des croyants/es par son Esprit. Il est le Sauveur du monde entier. Il est contemporain de chacun et chacune de nous, de ceux et celles qui s’ouvrent à la foi.

Si Jésus s’est élevé, il y a là une image pour dire que c’est pour mieux rayonner, un peu comme une antenne de transmission qu’on place au sommet d’une montagne pour que sa puissance atteigne le plus de monde possible. Dégagé de l’espace et du temps, totalement en Dieu, Jésus est maintenant au cœur d’un monde nouveau et il est la lumière qui attire tous les humains.

Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tout à moi! ” dit-il en st Jean ! La présence de Jésus ressuscité est invisible mais bien réelle, et encore plus intense et universelle que lorsqu’il côtoyait les gens de la Galilée.

Jésus s’éloigne de nous afin que nous prenions nos responsabilités.

Tous les parents, un jour, consentent à prendre de la distance par rapport à leurs enfants pour qu’ils puissent tracer leur propre route, sinon faire leurs premiers pas. De la même manière, Jésus a quitté ce monde pour que nous puissions tracer nos pas vers Lui et les autres. Le Ressuscité nous donne de l’espace pour que nous nous tenions debout. Il tient à demeurer discret pour nous donner l’occasion de parler, de témoigner et de prendre des initiatives.
C’est à la suite de son départ que finalement les premiers disciples se sont mis à parler de lui non seulement à Jérusalem mais dans toutes les grandes villes de l’Empire romain, le monde connu d’alors.

Le Seigneur nous confie la mission de rendre visible et concrète sa présence.

C’est nous, dorénavant, qui lui donnons un visage qui attire, des mains pour secourir, des yeux pour voir les personnes qui sont dans le besoin, une voix pour proclamer l’Évangile de la miséricorde, un cœur pour aimer… Nous avons de la difficulté peut-être, à imaginer qu’il nous fasse assez confiance en nous laissant une si grande responsabilité. Son départ est l’occasion pour nous de vivre de nouveaux commencements, de prendre des engagements d’adultes et de mettre toute notre créativité au service de la Bonne Nouvelle.

Notre communauté paroissiale est peut-être moins nombreuse qu’il y a 40 ou 50 ans, mais elle est surement plus participative. Nous ne pouvons plus rester entre nous. Il nous faut sortir, comme nous le redit le pape François, « Sortir porter la bonne nouvelle à ceux du dehors ». Et là nous avons encore du travail.

L’Eucharistie que nous vivons aujourd’hui nous unit de façon spéciale à lui qui est monté au ciel pour nous rendre participants de cette vie qui est la sienne. Nous ne sommes pas laissés à nous-mêmes puisque le Seigneur Jésus est toujours avec nous par le don de son Esprit. Il nous soutient et nous communique l’audace d’être ses témoins, ici et maintenant. Dans le contexte actuel qui est le nôtre, notre monde a grandement besoin de témoins. Témoins de la vérité bien malmenée, de la justice peu respectée, de l’honnêteté partout bafouée, du véritable amour si peu valorisé. Et Jésus de nous poser cette question : « Et toi veux tu aussi être mon témoin à ton tour ? Alors vas-y ?

Amen