Frères et sœurs, qui d’entre nous, dans sa vie, n’a jamais été tenté ?

Tous à un moment ou à un autre nous avons été concernés.

Qui, parmi nous, a su résister à la tentation ?

Là, nous sommes un peu moins nombreux mais il y a encore du monde.

Enfin, qui, lors d’une tentation, a su faire appel au Christ et mettre en pratique sa méthode de lutte contre le tentateur.

Et Là nous sommes peu nombreux. 

Le piège, qui nous guette tous dans ce domaine, c’est de vouloir s’en sortir tout seul. « Moi j’y arriverai », « Moi je suis au-dessus de tout cela ».
Pour le Christ, il n’en est pas ainsi. Lui se réfère toujours à son Père. Il s’en remet entre ses mains. Et jusqu’au bout. La passion nous le prouvera. Alors pour nous aider à faire de même la liturgie de ce premier dimanche de Carême nous invite à démonter la tactique du Diable.

La Parole de Dieu de ce dimanche nous montre que l’adversaire rode.

Appelons-le comme nous voulons. Représentons-le nous comme nous voulons.

Mais en tout cas, il est là bien présent, attendant de nous faire tomber, trébucher devant le plan de Dieu. Il est le Shatan l’obstacle qui empêche d’atteindre le but.

Ce qui est mis en cause dans le fameux récit de la Genèse, sur la tentation, ce n’est pas de savoir qu’ils étaient nus ou quel fruit ont il mangé : un Kiwi ou une pomme ? (comme je le dis aux enfants du Kt : le jardin d’Éden n’est pas en Normandie)

Non, ce qui est souligné dans ce récit fondateur, c’est que l’adversaire, le diviseur met, en notre esprit, le doute, le soupçon sur Dieu, sur celui qui à autorité sur nous.

Il veut dénaturer son identité et son autorité. Celle-ci a toujours été d’amour et lui le maitre du soupçon, le diviseur, veut la faire passer à une autorité dominatrice et destructrice, nous privant de notre liberté et nous cachant quelque chose.

Le poison du doute s’est insérer en nous et il va faire son Œuvre ; Dieu n’est plus le Dieu créateur plein de bonté (et Dieu vit que cela était bon). Il devient un rival dont je dois me méfier.

Jésus lui n’est pas dupe. Au début de son ministère public, juste après son baptême, il se laisse conduire par l’Esprit de Dieu.

Je dirai même qu’il s’y accroche. Et voilà, qu’au cœur de cette grande retraite de 40 jours, Jésus est au bord de l’épuisement physique. Il expérimente cette condition humaine pour rejoindre l’homme dans ses pauvretés, ces fragilités.

Mais, même là, Jésus ne lâche pas Dieu. Il ne s’appuie pas sur ces propres forces physiques. Il fait, envers et contre tout, confiance à Dieu son Père. Il cherche sans cesse à s’ajuster à lui. Il vient pour accomplir sa volonté. C’est ce que nous rappelait St Paul « L’accomplissement de la justice par un seul (à savoir le Christ), a conduit tous les hommes à la justification qui donne la vie ».

Le démon va donc attaquer Jésus sur son identité profonde, sur ce qu’il est et la cause de sa venu parmi nous. « Si tu es le fils de Dieu ». Jésus n’a pas à prouver ce qu’il est. Il est fils de Dieu un point c’est tout. Le père l’a solennellement proclamé lors du Baptême dire « si tu es le fils de Dieu » c’est remettre en cause ce que le Père de toute autorité dit : « Il est mon fils bien aimé ».

Vouloir le prouver, entrer dans cette polémique, c’est déjà donner prise au démon et lui permettre de le déstabiliser.
Jésus ne remets pas en cause la vocation première que son Père lui a donné de toute éternité. Dans cette expérience du désert, Le démon n’aura pas gain de cause il n’arrivera pas à remettre en cause cette autorisé du Fils.

Frères et sœurs, pour nous aussi il en va de même. Bien souvent dans les tentations démoniaques, il nous faut revenir aux fondamentaux.

Ce pour quoi je suis fait. L’engagement que j’ai pris en toute liberté et connaissance de cause. Là où est mon appel, ma vocation profonde.

Nous sommes invité à prêter l’oreille à la Parole de Dieu, pas aux voix douceâtre de l’adversaire. N’engageons pas la négociation avec lui en croyant être le plus fort.

Soyons sur nos gardes, car même s’il n’est pas « le tout puissant » comme Dieu il a une puissance qui peut nous atteindre. Vigilance donc pour ce Carême.

Une chose encore qu’il nous faut constater. Le tentateur, nous entrainera toujours vers un isolement, pas une solitude mais un repli sur soi.

Déconnecté de toute altérité il veut nous fragiliser.

Jésus, Lui, s’est enfoncé dans nos isolements, ceux qui nous séparent de Dieu et de nos frères, pour nous remettre en relation. Il est venu recréer l’alliance. Tirer les liens pour les ressouder.

C’est pourquoi, en ce temps du Carême je réitère l’appel que j’ai lancé le jour des cendres.

Saurons-nous bénéficier de la grâce de la communauté Eglise qui est la nôtre ? Prendrons nous les moyens, pendant ces quarante jours, de vivre en Eglise, de nous retrouver en frères et sœurs dans le Christ ?

Des temps communautaires, vous sont proposés, ne les négligez pas.

Jésus est notre véritable désert. Il est celui qui nous fait passer de l’isolement à la solitude. Celui qui nous fait goûter la joie d’être dans le cœur à cœur avec Dieu.

Le péché disperse, éclate notre âme.

La contemplation de Jésus au désert nous aide à l’unifier.

Seigneur, en entrant dans ce temps du Carême, donne-nous la force de la fidélité, à l’image du Christ. Que nous puissions résister, comme lui, aux ruses du Tentateur, les yeux fixés sur la victoire du Ressuscité de Pâque.

Car c’est en lui seul, que nous avons déjà remporté la victoire.

A lui la gloire pour les siècles sans fin.

Amen