Frères et sœurs en ce jour de l’épiphanie Dieu manifeste sa présence au monde entier. Le Fils de Dieu est venu non seulement pour le peuple d’Israël, représenté par les pasteurs de Bethléem, mais également pour l’humanité tout entière, représentée par les Mages. Dieu à travers l’enfant de Bethléem est venu pour tous pour sauver tous les hommes.

Quels genres de personnes étaient ces mages et de quelle sorte d’étoile s’agissait-il ? C’était probablement des sages qui scrutaient le ciel, mais non pour chercher à «lire» l’avenir dans les astres, ou éventuellement pour en tirer un profit. C’était plutôt des hommes «en recherche» Ils recherchaient la véritable lumière, qui soit en mesure d’indiquer la voie à parcourir dans leur vie. C’était des personnes assurées que dans la création, il existe ce que nous pourrions définir la «Signature» de Dieu, une signature que l’homme peut et doit tenter de découvrir et déchiffrer. La manière de mieux connaître ces Mages et de comprendre leur désir de se laisser guider par les signes de Dieu est peut-être de s’arrêter pour analyser ce qu’ils trouvent, sur leur chemin, dans la grande ville de Jérusalem.

Ils rencontrèrent tout d’abord le roi Hérode. Il était certainement intéressé par l’enfant dont parlaient les Mages; mais pas dans le but de l’adorer, mais de le supprimer. Hérode était un homme de pouvoir, qui ne voyait dans l’autre qu’un rival à combattre. Au fond, si nous réfléchissons bien, Dieu aussi lui apparaît comme un rival, et même un rival particulièrement dangereux, un rival qui indique la route à parcourir dans la vie et qui empêche ainsi de faire tout ce que l’on veut. Hérode est un personnage qui ne nous est pas sympathique et que nous jugeons de façon négative en raison de sa brutalité.
Mais au fond peut-être existe-t-il quelque chose d’Hérode en nous? Peut-être nous aussi, parfois, nous voyons Dieu comme une sorte de rival ? Peut-être nous aussi sommes-nous aveugles devant ses signes, sourds à ses paroles, parce que nous pensons qu’il pose des limites à notre vie et ne nous permet pas de faire ce que nous voudrions

Frères et sœurs, quand nous voyons Dieu de cette manière, nous finissons par être insatisfaits et mécontents, Nous devons enlever de notre esprit et de notre cœur l’idée de la rivalité. Nous sommes appelés à nous ouvrir à la certitude que Dieu est l’amour tout-puissant qui n’ôte rien, qui ne menace pas, et qui est l’Unique capable de nous permettre d’éprouver la vraie joie et le bonheur. Comme le rappelait le pape émérite Benoit XVI « Dieu n’enlève rien il donne tout »

Les Mages rencontrent ensuite les savants, les théologiens, les experts qui savent tout sur les Saintes Écritures, qui en connaissent les interprétations possible. Cependant l’évangile nous le montre : ils aiment être des guides pour les autres, mais ils ne marchent pas, ils restent immobiles.

Pour eux, les Saintes Écritures deviennent une sorte d’atlas à lire avec curiosité. Là encore, nous pouvons nous demander: n’existe-t-il pas aussi en nous la tentation de considérer la Parole de Dieu, uniquement comme un objet d’étude que comme le Livre qui indique la juste voie pour parvenir à la vraie vie, qui nous dit ce qu’est l’homme et comment il peut se réaliser pleinement.

Et nous en venons ainsi à l’étoile. Nous devons revenir au fait que ces hommes cherchaient les traces de Dieu; ils cherchaient à lire sa «signature» dans la création; ils savaient que «les cieux proclament la gloire de Dieu» (Ps 19, 2). En hommes sages, ils savent également que ce n’est pas avec un simple télescope que l’on peut rencontrer Dieu.

Si nous avons ce regard, nous verrons que Celui qui a créé le monde, celui qui est né dans une grotte à Bethléem et qui continue à habiter parmi nous dans l’Eucharistie, est le même Dieu vivant, qui nous interpelle, qui nous aime, qui veut nous conduire à la vie éternelle.

L’étoile les guida à Bethléem, une petite ville; elle les guida parmi les pauvres, parmi les humbles, pour trouver le Roi du monde. Les critères de Dieu sont différents de ceux des hommes; Dieu ne se manifeste pas dans la puissance de ce monde, mais dans l’humilité de son amour. Dieu vient quémander notre amour.

Mais pour nous aussi les choses ne sont pas si différentes que ce qu’elles étaient pour les Mages. Si on nous demandait notre avis sur la façon dont Dieu aurait dû sauver le monde, peut-être répondrions-nous qu’il aurait dû manifester tout son pouvoir pour donner au monde un système économique plus juste, dans lequel chacun puisse avoir tout ce qu’il veut. Mais en réalité, cela serait une sorte de violence sur l’homme, car cela le priverait de sa liberté et de l’amour. La puissance de Dieu se manifeste de manière complètement différente. A Bethléem nous rencontrons l’apparente impuissance de l’amour de Dieu. C’est là que nous devons aller. C’est là que nous retrouvons l’étoile de Dieu. La Parole de Dieu n’avait pas menti.

Frères et sœurs, laissons-nous guider par l’étoile, qui est la Parole de Dieu, suivons-la dans notre vie, en marchant avec L’Église, où cette Parole a planté sa tente. Notre route sera toujours illuminée par une lumière qu’aucun autre signe, dans ce monde, ne peut nous donner. Et nous pourrons nous aussi devenir des étoiles pour les autres, des reflets de cette lumière que le Christ a fait resplendir sur nous.

Belle fête de l’Épiphanie.

Amen.

Père Stéphane ESCLEF