Nous sommes le 5 Janvier 2016 à la Maison Blanche, à Washington. Le Président Barack OBAMA, présentant les nouvelles mesures pour un meilleur contrôle des armes à feu, dresse la liste funeste des fusillades ayant ensanglanté les Etats-Unis d’Amérique. Parvenu à celle, en 2012, de l’école primaire Sandy Hook, dans le Connecticut, qui a tué vingt enfants et six adultes, il s’est tu, luttant contre les larmes qui ont fini par l’emporter et qu’il a eu du mal à chasser pour reprendre le fil de son discours. Voir pleurer le Président de la plus grande puissance planétaire, devant les caméras du monde entier, m’a bouleversé.
Les larmes du Président m’ont rappelé celles de beaucoup d’entre nous, ici, lors de la messe du 23 novembre 2015, dans notre église, en hommage à toutes les victimes des attentats du 13 novembre, et lors de la célébration d’A-Dieu, le 2 décembre 2015, dans notre église également, d’Armelle Pumir-Anticevic, victime de la tuerie du Bataclan.
Pleurer, c’est être touché par quelque chose qui nous dépasse. Les larmes sont un déchirement, et par la brèche qu’elles créent en nous peut passer l’espérance d’une consolation. Les larmes sont elles-mêmes une consolation.
Pour nous aider à mieux comprendre la véritable signification des larmes, revenons, comme toujours, à la Parole de Dieu, à commencer par les psaumes. « Je m’épuise à force de gémir. Chaque nuit, je pleure sur mon lit. » (Psaume 6, 7). Lire, chanter, prier ces mots du psalmiste, c’est rejoindre, aujourd’hui, tous les hommes qui les ont chantés à travers toute l’Histoire. Qui les ont parfois criés, du fond de leur détresse concentrationnaire, tellement leur douleur était forte et insurmontable…
Dire les mots du psalmiste, c’est mettre ces mots dans les mots de Jésus. Le Christ a prié les psaumes comme tout juif devait, et doit le faire, jour après jour. En priant ce psaume 6, je rejoins aussi le Christ en larmes. Car Jésus a lui-même pleuré. Au moins trois fois.
Sur la dureté des habitants de Jérusalem, « quand il fut proche, à la vue de ville, il pleura sur elle… » (Luc 19, 41). Jésus pleure devant le malheur et le péché du peuple. Il pleure à la mort de son ami Lazare (Jean 11, 33-36). Et à travers la mort de Lazare, le Christ pleure sur la mort de l’homme. Il pleure chaque homme, chaque femme, chaque enfant qui meurt.
Il pleure enfin à Gethsémani (Hébreux 5, 7-8). Les larmes du Christ, au Jardin des Oliviers, à l’heure de sa Passion, deviennent les larmes mêmes de Dieu. Si Dieu lui-même pleure, c’est que les larmes nous ouvrent un chemin vers Lui. Ainsi, les larmes sont à accueillir comme un cadeau, comme un ami. C’est un don.
C’est le « don des larmes » dans la grande tradition spirituelle de l’Eglise, depuis les premiers moines en Egypte en passant par le Moyen-Age chrétien jusqu’aux larmes de Sainte Thérèse de Lisieux. Jusqu’à nos larmes d’aujourd’hui. En attendant, dans la foi, ce jour nouveau où « Dieu essuiera toutes larmes de leurs yeux » (Apocalypse 21, 4).

Edmond