Le carême est aussi un temps favorable à un ressourcement spirituel. J’ai choisi, cette année, de le vivre en compagnie d’une amie de longue date. D’une amie au tempérament difficile ! Et au langage parfois tellement cru que la grande maison d’édition qui a publié son œuvre phare a cru bon d’en expurger certains passages considérés comme inappropriés à un lectorat « sérieux ». Malgré des origines bien affirmées, elle n’appartient à aucune confession religieuse déterminée. Elle assume une vraie liberté de pensée et d’action qui l’empêche d’être affiliée dogmatiquement à une religion. Elle aime, plus que tout, emprunter les chemins non balisés de l’aventure humaine…

Et pourtant, il y a quelques années, le Cardinal André Vingt-Trois, lors des conférences de carême à Notre-Dame de Paris, l’avait cité parmi les grandes figures mystiques chrétiennes. Le pape Benoît XVI, lui aussi, en février 2013, écrit ces mots sur elle : « Dans sa vie dispersée et inquiète, elle retrouve Dieu au beau milieu de la grande tragédie du 20e siècle, la Shoah. Cette jeune fille fragile et insatisfaite, transfigurée par la foi, se transforme en une femme pleine d’amour et de paix intérieure, capable d’affirmer : « Je vis constamment en intimité avec Dieu ».

     Et voici qu’est paru, en ce début d’année, un livre du Frère Michael Davide Semeraro, nous proposant de vivre ce carême 2016 en sa compagnie ! L’idée géniale du moine bénédictin italien de croiser, en 40 courtes étapes des 40 jours du carême, les lectures prévues par la liturgie catholique de cette année avec les écrits de mon amie nous donne un livre absolument exceptionnel.

     Cette amie, vous l’avez peut-être déjà compris, c’est Etty Hillesum. Celle qui se décrit elle-même comme « un petit champ de bataille ». Une jeune juive hollandaise qui a tenu son Journal de 1941 à novembre 1943, date à laquelle elle est exterminée à Auschwitz, à l’âge de 29 ans. Ce Journal est la description lumineuse de son expérience intime du combat contre le mal, extérieur et intérieur.

     « J’ouvre la Bible au hasard et trouve ceci : »Le Seigneur est ma chambre haute ». Le 7 septembre 1943, sur une carte postale, jetée du train qui l’emmène à Auschwitz, Etty Hillesum adresse ces mots à une amie. Les mots du psalmiste deviennent ses mots.

     Vous aussi, lisez Etty Hillesum ! Ce livre du Frère Michael Davide, bien sûr,

« En carême avec Etty Hillesum » aux Editions Salvator. Et puis, plus largement ses écrits. En particulier, « Une vie bouleversée, Journal 1941-1943 » aux Editions du Seuil. Etty n’est pas entrée dans l’Eglise par l’eau du baptême mais, par le sang de la persécution, elle est un témoin de la Miséricorde de Dieu qui se révèle dans un cœur aimant.

EDMOND