A l’instar de plus de 200 000 personnes venues vénérer la Tunique d’Argenteuil du 25 mars au 10 avril 2016, nous nous sommes rendus à la Basilique Saint-Denys, ma femme et quelques amies, le samedi 9 avril dernier dans l’après-midi. Avec une file d’attente de près de 2 heures et sous une pluie battante dans la dernière demi-heure, nous avons pu enfin pénétrer dans la basilique et passer devant la Tunique, hélas trop rapidement, eu égard à la très forte affluence ce jour-là. Même si je ne suis pas particulièrement sensible à la vision de reliques, je dois avouer que j’ai ressenti une vive et intense émotion au moment de mon passage devant la Tunique. En nous recueillant ensuite près d’une heure sur les bancs de la basilique pour prier et méditer sur ce que nous venions de vivre, j’en ai profité pour réfléchir aussi au sens même du geste ainsi accompli.

            Comme le Linceul de Turin en Italie et le Suaire d’Oviedo en Espagne, la Tunique d’Argenteuil est une relique exceptionnelle, dans le sens où il s’agit d’un linge censé avoir touché le corps de Jésus supplicié et en avoir gardé les stigmates avec les taches de sang. L’histoire de la Tunique d’Argenteuil est tellement ancienne et pour le moins mouvementée que la question de son authenticité se pose tout à fait légitimement. Même si les derniers rapports cliniques de la relique révélant l’étonnante concordance dans la superposition de 9 taches du Linceul de Turin et de la Tunique à hauteur des épaules, dans le dos et au niveau des hanches, accréditent désormais plus nettement la thèse scientifique de son authenticité…

            Malgré la dévotion et la vénération sincères que l’on peut avoir à l’égard des reliques, il faut rappeler ici avec force et totale clarté que la Tunique d’Argenteuil, comme toutes les autres relatives à Jésus ou aux saints, n’est pas un article de foi. La foi chrétienne ne repose pas sur l’authenticité des reliques, celles-ci n’étant pas de l’ordre du dogme et du Credo. Tous les papes, et en particulier Saint Jean-Paul II et Benoît XVI devant le Linceul de Turin, l’ont dit et répété sans ambiguïté ! Cela dit, loin de moi l’idée de sous-estimer l’importance de cette expression de foi populaire qu’est la vénération des reliques; elle date des premiers siècles de l’Eglise. Cette expression de piété est un signe de la vitalité de la foi d’un grand nombre de chrétiens. Et c’est très bien ainsi !

            Lorsqu’on a la chance d’aller en Terre Sainte, on se rend bien vite compte que beaucoup de lieux et d’objets sont vénérés par les chrétiens sans que l’on soit tout à fait sûr de leur authenticité. Est-ce pour autant que l’on n’est pas saisi d’une grande émotion, jusqu’aux larmes parfois, au Saint-Sépulcre devant le tombeau du Christ ?

            Oui, le culte des reliques, leurs ostensions sont des actes de foi, mais jamais des articles de foi ! “La Tunique est un signe, pour nous chrétiens, que le Christ s’est engagé jusqu’au bout, jusqu’au don total de lui-même” a écrit avec pertinence Mgr Stanislas Lalanne, évêque de Pontoise.

EDMOND