Osons la générosité !

Le 3 avril 1968, prononça son ultime discours dans une église pentecôtiste à Memphis (Tennessee, États-Unis), où il s’était rendu pour soutenir la grève des éboueurs afro-américains. Le lendemain le pasteur baptiste et militant non-violent fut assassiné sur le balcon de sa chambre d’hôtel.

Dans son discours, « I’ve been to the mountaintop » (« Je suis allé jusqu’au sommet de la montagne ») Dr King appelait son auditoire à la fraternité solidaire par une méditation sur la parabole du bon Samaritain (Luc 10, 25-37).
Celle-ci met en scène un voyageur qui, après avoir été attaqué et laissé pour mort par des bandits, est ignoré par prêtre et un Lévite, puis aidé par un Samaritain. En écho à ce récit, la méditation du Dr King débutait par une invitation à développer une sorte de générosité risquée (« Let us develop a kind of dangerous unselfishness », littéralement « Développons une sorte de désintéressement dangereux »). Il rappelait comment, par notre imagination, nous cherchons à comprendre pourquoi le prêtre et le lévite ne se sont pas arrêtés pour aider l’homme blessé ? Il suggère que soit ces hommes ont eu peur sur cette route de Jéricho propice aux embuscades, soit ils ont été inhibés par des considérations religieuses. La peur ou les croyances les ont enfermés sur eux-mêmes : « Si je m’arrête pour aider cet homme, que va-t-il m’arriver ? » Le bon Samaritain pose la question à l’envers : « Si je ne m’arrête pas pour aider cet homme, que va-t-il lui arriver ? » Dr King soulignait alors : « Telle est la question qui se pose à vous. »
Cette question se pose à nous encore aujourd’hui face à celles et ceux qui sont en détresse, contraints de quitter leurs pays d’origine par des voies hasardeuses. En effet, si nous ne nous arrêtons pas pour aider ces personnes, que va-t-il leur arriver ?
La peur de l’inconnu, l’appréhension de l’autre, sont des réactions fréquentes et prévisibles. Cependant, la tradition chrétienne nous invite à dépasser ces craintes par l’amour, à l’exemple de Jésus qui nous a aimés le premier. « De crainte il n’y en a pas dans l’amour, mais le parfait amour jette dehors la crainte » (1 Jn 4,18).
Oser la générosité, c’est bannir l’indifférence. Cela exige de risquer le don de soi-même, d’être suffisamment décentré de soi-même pour oser le geste juste envers l’autre. C’est ce que fait le Samaritain tout comme Martin Luther King dont la « générosité risquée », le refus de l’indifférence, l’a conduit à la mort. C’est la générosité risquée des témoins qui aiment Dieu en aimant leurs frères et sœurs. (1 Jn 4, 20).

Katherine SHIRK LUCAS et Basile ZOUMA