{"id":17051,"date":"2023-07-11T09:02:36","date_gmt":"2023-07-11T08:02:36","guid":{"rendered":"https:\/\/sjbb.fr\/?p=17051"},"modified":"2023-07-11T09:27:52","modified_gmt":"2023-07-11T08:27:52","slug":"textes-suite-au-concert-du-25-juin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/sjbb.fr\/index.php\/2023\/07\/11\/textes-suite-au-concert-du-25-juin\/","title":{"rendered":"Textes suite au concert du 25 juin"},"content":{"rendered":"\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Victor HUGO \u2013 <em>La L\u00e9gende des Si\u00e8cles<\/em><br>LE SACRE DE LA FEMME<\/h3>\n\n\n\n[&#8230;]\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\"><a><\/a><a><\/a>VII<\/h4>\n\n\n\n<p>Cependant la tendresse inexprimable et douce<br>De l\u2019astre, du vallon, du lac, du brin de mousse,<br>Tressaillait plus profonde \u00e0 chaque instant autour<br>D\u2019\u00c8ve, que saluait du haut des cieux le jour&nbsp;;<br>Le regard qui sortait des choses et des \u00eatres,<br>Des flots b\u00e9nis, des bois sacr\u00e9s, des arbres pr\u00eatres,<br>Se fixait, plus pensif de moment en moment,<br>Sur cette femme au front v\u00e9n\u00e9rable et charmant&nbsp;;<br>Un long rayon d\u2019amour lui venait des ab\u00eemes,<br>De l\u2019ombre, de l\u2019azur, des profondeurs, des cimes,<br>De la fleur, de l\u2019oiseau chantant, du roc muet.<br><br><br>Et, p\u00e2le, \u00c8ve sentit que son flanc remuait.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">P\u00e9guy<br>Porche du myst\u00e8re de la deuxi\u00e8me vertu (Hymne \u00e0 la nuit)<\/h3>\n\n\n\n<p>\u00d4 nuit, ma plus belle invention, ma cr\u00e9ation auguste entre toutes.<br>Ma plus belle cr\u00e9ature. Cr\u00e9ature de la plus grande Esp\u00e9rance.<br>Qui donnes le plus de mati\u00e8re \u00e0 l\u2019Esp\u00e9rance.<br>Qui es l\u2019instrument, qui es la mati\u00e8re m\u00eame et la r\u00e9sidence de l\u2019Esp\u00e9rance.<br>Et aussi, (et ainsi), au fond cr\u00e9ature de la plus grande Charit\u00e9.<br>Car c\u2019est toi qui berces toute la Cr\u00e9ation Dans un Sommeil r\u00e9parateur.<br>Comme on couche un enfant dans son petit lit,<br>Comme sa m\u00e8re le couche et comme sa m\u00e8re le borde<br>Et l\u2019embrasse (Elle n\u2019a pas peur de le r\u00e9veiller.<br>Il dort tellement bien.)<br>Comme sa m\u00e8re le borde et rit et le baise au front<br>En s\u2019amusant.<br>Et lui aussi rit, lui rit en r\u00e9ponse en dormant.<br>Ainsi, \u00f4 nuit, m\u00e8re aux yeux noirs, m\u00e8re universelle,<br>Non plus seulement m\u00e8re des enfants (c\u2019est si facile)<br>Mais m\u00e8re des hommes m\u00eames et des femmes, ce qui Si difficile,<br>C\u2019est toi, nuit, qui couches et fais coucher toute la Cr\u00e9ation<br>Dans un lit de quelques heures.<br>(En attendant.) Dans un lit de quelques heures<br>image, faible image, et promesse et avant r\u00e9alisation du lit<br>de toutes les heures.<br>R\u00e9alisation anticip\u00e9e. Promesse tenue d\u2019avance<br>En attendant le lit de toutes les heures.<br>O\u00f9 moi, le P\u00e8re, je coucherai ma cr\u00e9ation.<br>\u00d4 Nuit tu es la nuit. Et tous ces jours ensemble<br>Ne sont jamais le jour, ils ne sont jamais que des jours.<br>Sem\u00e9s. Ces jours ne sont jamais que des clart\u00e9s.<br>Douteuses, et toi, la nuit, tu es ma grande lumi\u00e8re sombre.<br>Je m\u2019applaudis d\u2019avoir fait la nuit. Les jours sont des \u00eelots<br>et des \u00eeles<br>qui percent et qui cr\u00e8vent la mer.<br>Mais il faut bien qu\u2019ils reposent dans la mer profonde.<br>Ils sont bien forc\u00e9s.<br>Ainsi vous autres jours vous \u00eates bien forc\u00e9s.<br>Il faut bien que vous reposiez dans la profonde nuit.<br>Et toi nuit tu es la mer profonde<br>O\u00f9 naviguait saint Paul, non plus ce petit lac de Tib\u00e9riade.<br>Tous ces jours ne sont jamais que des membres<br>D\u00e9membr\u00e9s. Ce sont les jours qui \u00e9mergent, mais il faut<br>Bien qu\u2019ils soient assis dans la pleine eau.<br>Dans la nuit pleine. Nuit ma plus belle invention c\u2019est toi<br>Qui calmes, c\u2019est toi qui apaises, c\u2019est toi qui fais reposer<br>Les membres endoloris<br>Tout d\u00e9manch\u00e9s du travail du jour.<br>C\u2019est toi qui calmes, c\u2019est toi qui apaises, c\u2019est toi qui fais<br>Reposer<br>Les c\u0153urs endoloris<br>Les corps meurtris, les membres meurtris du labeur, les<br>C\u0153urs meurtris du labeur<br>Et de la peine et du souci quotidien.<br>\u00d4 nuit, \u00f4 ma fille la Nuit, la plus religieuse de mes filles<br>La plus pieuse.<br>De mes filles, de mes cr\u00e9atures la plus dans mes mains, la<br>plus abandonn\u00e9e.<br>Tu me glorifies dans le Sommeil encore plus que ton Fr\u00e8re<br>le Jour ne me glorifie dans le Travail.<br>Car l\u2019homme dans le travail ne me glorifie que par son travail.<br>Et dans le sommeil c\u2019est moi qui me glorifie moi-m\u00eame<br>par l\u2019abandonnement de l\u2019homme.<br>Et c\u2019est plus s\u00fbr, je sais mieux m\u2019y prendre.<br>Nuit tu es pour l\u2019homme une nourriture plus nourrissante<br>que le pain et le vin.<br>Car celui qui mange et boit, s\u2019il ne dort pas, sa nourriture<br>ne lui profite pas.<br>Et lui aigrit, et lui tourne sur le c\u0153ur.<br>Mais s\u2019il dort le pain et le vin deviennent sa chair et son<br>sang.<br>Pour travailler. Pour prier. Pour dormir.<br>Nuit tu es la seule qui panses les blessures.<br>Les c\u0153urs endoloris. Tout d\u00e9manch\u00e9s. Tout d\u00e9membr\u00e9s.<br>\u00d4 ma fille aux yeux noirs, la seule de mes filles qui sois,<br>qui puisses te dire ma complice.<br>Qui sois complice avec moi, car toi et moi, moi par toi<br>Ensemble nous faisons tomber l\u2019homme dans le pi\u00e8ge de<br>mes bras.<br>Et nous le prenons par une surprise.<br>Mais on le prend comme on peut. Si quelqu\u2019un le sait, c\u2019est<br>moi.<br>Nuit tu es une belle invention<br>De ma sagesse.<br>Nuit \u00f4 ma fille silencieuse<br>Au puits de R\u00e9becca, au puits de la Samaritaine<br>C\u2019est toi qui puises l\u2019eau la plus profonde<br>Dans le puits le plus profond<br>\u00d4 nuit qui berces toutes les cr\u00e9atures<br>Dans un sommeil r\u00e9parateur.<br>\u00d4 nuit qui laves toutes les blessures<br>Dans la seule eau fra\u00eeche et dans la seule eau profonde<br>Au puits de R\u00e9becca tir\u00e9e du puits le plus profond.<br>Amie des enfants, amie et s\u0153ur de la jeune Esp\u00e9rance<br>\u00d4 nuit qui panses toutes les blessures<br>Au puits de la Samaritaine toi qui tires du puits le plus<br>profond.<br>La pri\u00e8re la plus profonde.<br>\u00d4 nuit, \u00f4 ma fille la Nuit, toi qui sais te taire, \u00f4 ma fille au<br>beau manteau.<br>Toi qui verses le repos et l\u2019oubli. Toi qui verses le baume,<br>et le silence, et l\u2019ombre<br>\u00d4 ma nuit \u00e9toil\u00e9e je t\u2019ai cr\u00e9\u00e9e la premi\u00e8re.<br>Toi qui endors, toi qui ensevelis d\u00e9j\u00e0 dans une Ombre<br>\u00e9ternelle<br>Toutes mes cr\u00e9atures<br>Les plus inqui\u00e8tes, le cheval fougueux, la fourmi laborieuse,<br>Et l\u2019homme ce monstre d\u2019inqui\u00e9tude.<br>Nuit qui r\u00e9ussis \u00e0 endormir l\u2019homme<br>Ce puits d\u2019inqui\u00e9tude.<br>\u00c0 lui seul plus inquiet que toute la cr\u00e9ation ensemble.<br>L\u2019homme, ce puits d\u2019inqui\u00e9tude.<br>Comme tu endors l\u2019eau du puits.<br>\u00d4 ma nuit \u00e0 la grande robe<br>Qui prends les enfants et la jeune Esp\u00e9rance<br>Mais les hommes ne se laissent pas faire.<br>\u00d4 ma belle nuit je t\u2019ai cr\u00e9\u00e9e la premi\u00e8re.<br>Et presque avant la premi\u00e8re<br>Silencieuse aux longs voiles<br>Toi par qui descend sur terre un avant-go\u00fbt<br>Toi qui r\u00e9pands de tes mains, toi qui verses sur terre<br>Une premi\u00e8re paix<br>Avant-coureur de la paix \u00e9ternelle.<br>Un premier repos<br>Avant-coureur du repos \u00e9ternel.<br>Un premier baume, si frais, une premi\u00e8re b\u00e9atitude<br>Avant-coureur de la b\u00e9atitude \u00e9ternelle.<br>Toi qui apaises, toi qui embaumes, toi qui consoles.<br>Toi qui bandes les blessures et les membres meurtris.<br>Toi qui endors les c\u0153urs, toi qui endors les corps<br>Les c\u0153urs endoloris, les corps endoloris,<br>Courbatur\u00e9s,<br>Les membres rompus, les reins bris\u00e9s de fatigue, de soucis, des inqui\u00e9tudes<br>Mortelles,<br>Des peines, toi qui verses le baume aux gorges d\u00e9chir\u00e9es d\u2019amertume<br>Si frais<br>\u00d4 ma fille au grand c\u0153ur je t\u2019ai cr\u00e9\u00e9e la premi\u00e8re<br>Presque avant la premi\u00e8re, ma fille au sein immense<br>Et je savais bien ce que je faisais.<br>Toi qui couches l\u2019enfant au bras de sa m\u00e8re<br>L\u2019enfant tout \u00e9clair\u00e9 d\u2019une ombre de sommeil<br>Tout riant en dedans, tout riant secret d\u2019une confiance en<br>sa m\u00e8re.<br>Et en moi,<br>Tout riant secret d\u2019un pli des l\u00e8vres s\u00e9rieux<br>Toi qui couches l\u2019enfant tout en dedans gonfl\u00e9, d\u00e9bordant<br>d\u2019innocence<br>et de confiance<br>au bras de sa m\u00e8re.<br>Toi qui couchais ll\u2019enfant J\u00e9sus tous les soirs<br>Au bras de la Tr\u00e8s Sainte et de l\u2019Immacul\u00e9e.<br>Toi qui es la s\u0153ur touri\u00e8re de l\u2019esp\u00e9rance.<br>\u00d4 ma fille entre toutes premi\u00e8re.<br>Toi qui r\u00e9ussis m\u00eame,<br>Toi qui r\u00e9ussis quelquefois<br>Toi qui couches l\u2019homme au bras de ma Providence<br>Maternelle<br>\u00d4 ma fille \u00e9tincelante et sombre je te salue<br>Toi qui r\u00e9pares, toi qui nourris, toi qui reposes<br>\u00d4 silence de l\u2019ombre<br>Un tel silence r\u00e9gnait avant la cr\u00e9ation de l\u2019inqui\u00e9tude.<br>Un tel silence r\u00e9gnera, mais un silence de lumi\u00e8re<br>Quand toute cette inqui\u00e9tude sera consomm\u00e9e,<br>Quand toute cette inqui\u00e9tude sera \u00e9puis\u00e9e.<br>Quand ils auront tir\u00e9 toute l\u2019eau du puits.<br>Apr\u00e8s la consommation, apr\u00e8s l\u2019\u00e9puisement de toute cette<br>inqui\u00e9tude<br>d\u2019homme.<br>Ainsi ma fille tu es ancienne et tu es en retard<br>Car dans ce r\u00e8gne d\u2019inqui\u00e9tude tu rappelles, tu comm\u00e9-<br>Mores, tu r\u00e9tablis presque,<br>Tu fais presque recommencer la Qui\u00e9tude ant\u00e9rieure<br>Quand mon esprit planait sur les eaux.<br>Mais aussi ma fille \u00e9toil\u00e9e, ma fille au manteau sombre, tu<br>es tr\u00e8s en avance, tu es tr\u00e8s pr\u00e9coce.<br>Car tu annonces, car tu repr\u00e9sentes, car tu fais presque<br>commencer d\u2019avance tous les soirs<br>Ma grande Qui\u00e9tude de lumi\u00e8re<br>Eternelle.<br>Nuit tu es sainte, Nuigt tu es grande, Nuit tu es belle.<br>Nuit au grand manteau.<br>Nuit je t\u2019aime et je te salue et je te glorifie et tu es ma<br>grande fille<br>\u00d4 belle nuit, nuit au grand manteau, ma fille au manteau \u00e9toil\u00e9<br>Tu me rappelles, \u00e0 moi-m\u00eame tu me rappelles ce grand<br>silence qu\u2019il y avait<br>avant que j\u2019eusse ouvert les \u00e9cluses d\u2019ingratitude.<br>Et tu m\u2019annonces \u00e0 moi-m\u00eame, \u00e0 moi-m\u00eame tu m\u2019annonces ce grand<br>silence qu\u2019il y aura<br>quand je les aurai ferm\u00e9es.<br>\u00d4 douce, \u00f4 grande, \u00f4 sainte, \u00f4 belle nuit, peut-\u00eatre la plus<br>sainte de mes filles, nuit \u00e0 la grande robe, \u00e0 la robe \u00e9toil\u00e9e<br>Tu me rappelles ce grand silence qu\u2019il y avait dans le monde<br>Avant le commencement du r\u00e8gne de l\u2019homme.<br>Tu me rappelles ce grand silence qu\u2019il y aura<br>Apr\u00e8s la fin du r\u00e8gne de l\u2019homme, quand j\u2019aurai repris mon<br>sceptre.<br>Et j\u2019y pense quelquefois d\u2019avance, car cet homme fait vraiment beaucoup de bruit.<br>Mais surtout, Nuit, tu me rappelles cette nuit.<br>Et je me la rappellerai \u00e9ternellement.<br>La neuvi\u00e8me heure avait sonn\u00e9. C\u2019\u00e9tait dans le pays de<br>mon peuple d\u2019Isra\u00ebl.<br>Tout \u00e9tait consomm\u00e9. Cette \u00e9norme aventure.<br>Depuis la siixi\u00e8me heure il y avait eu des t\u00e9n\u00e8bres sur tout<br>le pays, jusqu\u2019\u00e0 la neuvi\u00e8me heure.<br>Tout \u00e9tait consomm\u00e9. Ne parlons plus de cela. \u00c7a me fait<br>mal.<br>Cette incroyable descente de mon fils parmi les hommes.<br>Chez les hommes.<br>Pour ce qu\u2019ils en ont fait.<br>Ces trente ans qu\u2019il fut charpentier chez les hommes.<br>Ces trois ans qu\u2019il fut une sorte de pr\u00e9dicateur chez<br>les hommes.<br>Un pr\u00eatre.<br>Ces trois jours o\u00f9 il fut un mort chez les hommes.<br>Parmi les hommes morts.<br>Ces si\u00e8cles et ces si\u00e8cles o\u00f9 il est une hostie chez les<br>hommes.<br>Tout \u00e9tait consomm\u00e9. Cette incroyable aventure<br>Par laquelle, moi, Dieu, j\u2019ai les bras li\u00e9s pour mon \u00e9ternit\u00e9.<br>Cette aventure par laquelle mon Fils m\u2019a li\u00e9 les bras.<br>Pour \u00e9ternellement liant les bras de ma justice, pour \u00e9ter-<br>nellement d\u00e9liant les bras de ma mis\u00e9ricorde.<br>Et contre ma justice inventant une justice m\u00eame.<br>Une justice d\u2019amour. Une justice d\u2019Esp\u00e9rance. Tout \u00e9tait<br>consomm\u00e9.<br>Ce qu\u2019il fallait. Comme il avait fallu. Comme mes proph\u00e8tes<br>l\u2019avaient annonc\u00e9. Le voile du temple s\u2019\u00e9tait d\u00e9chir\u00e9 en<br>deux, depuis le haut jusqu\u2019en bas.<br>La terre avait trembl\u00e9 ; des rochers s\u2019\u00e9taient fendus.<br>Des s\u00e9pulcres s\u2019\u00e9taient ouverts, et plusieurs corps des saints<br>Qui \u00e9taient morts \u00e9taient ressuscit\u00e9s.<br>Et environ la neuvi\u00e8me heure mon Fils avait pouss\u00e9<br>Le cri qui ne s\u2019effacera point. Tout \u00e9tait consomm\u00e9. Les<br>soldats s\u2019en \u00e9taient retourn\u00e9s dans leurs casernes.<br>Riant et plaisantant parce que c\u2019\u00e9tait un service de fini.<br>Un tour de garde qu\u2019ils ne prendraient plus.<br>Seul un centenier demeurait, et quelques hommes.<br>Un tout petit poste pour garder ce gibet sans importance.<br>La potence o\u00f9 mon fils pendait,<br>Seules quelques femmes \u00e9taient demeur\u00e9es.<br>La M\u00e8re \u00e9tait l\u00e0.<br>Et peut-\u00eatre aussi quelques disciples, et encore on n\u2019en est<br>pas bien s\u00fbr.<br>Or tout homme a le droit d\u2019ensevelir son fils.<br>Tout homme sur terre, s\u2019il a ce grand malheur<br>De ne pas \u00eatre mort avant son fils.<br>Et moi seul, moi Dieu,<br>Les bras li\u00e9s par cette aventure,<br>Moi seul \u00e0 cette minute p\u00e8re apr\u00e8s tant de p\u00e8res,<br>Moi seul je ne pouvais pas ensevelir mon fils.<br>C\u2019est alors, \u00f4 Nuit, que tu vins.<br>\u00d4 ma fille ch\u00e8re entre toutes et je le vois encore et je verrai<br>cela dans mon \u00e9ternit\u00e9<br>c\u2019est alors \u00f4 Nuit que tu vins et dans un grand linceul tu<br>ensevelis<br>Le centenier et ses hommes romains,<br>La Vierge et les saintes femmes,<br>Et cette montagne et cette vall\u00e9e, sur qui le soir descendait,<br>Et mon peuple d\u2019Isra\u00ebl et les p\u00e9cheurs et ensemble celui<br>qui mourait, qui \u00e9tait mort pour eux<br>Et les hommes de Joseph d\u2019Arimath\u00e9e qui d\u00e9j\u00e0 s\u2019approchaient<br>Portant le linceul blanc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>r\u00e9f\u00e9rences bibliques ou liturgiques :<br>exultet (cons\u00e9cration du cierge pascal pendant la Veill\u00e9e pascale) : psaume CXXXIX verset 12<br>Gen\u00e8se I, 2<br>Apocalypse XII<br>Matthieu XXVII, 46 ; Marc XV, 34 ; Luc XXIII, 44<\/em><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><strong>Sylvie Germain, <em>C\u00e9phalophores<\/em>, 1997 (Gallimard, L\u2019un et l\u2019autre)<\/strong><br><strong>Les sauterelles et le miel de Jean-Baptiste<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; [\u2026] Les sauterelles, insectes fl\u00e9au, bestioles pullulantes et calamiteuses \u00e0 l\u2019image des p\u00e9ch\u00e9s commis \u00e0 l\u2019envi par les impies, les infid\u00e8les, les ren\u00e9gats&nbsp;; insectes jet\u00e9s en nu\u00e9es sifflantes \u00e0 l\u2019assaut des hommes pour leur infliger un ch\u00e2timent moral et spirituel. Ainsi ces terrifiantes sauterelles guerri\u00e8res qui s\u2019abattent en hordes sur la terre apr\u00e8s la sonnerie de trompette du cinqui\u00e8me Ange de l\u2019Apocalypse, Jean le Baptiste consomma en grand nombre ces insectes, \u2014 longue et am\u00e8re manducation qui br\u00fbla ses entrailles de d\u00e9solation, son c\u0153ur de courroux et sa bouche d\u2019impr\u00e9cations \u00e0 l\u2019encontre des p\u00e9cheurs, des endurcis dans la faute, des hypocrites et imposteurs en mati\u00e8re de foi. \u00ab&nbsp;Engeance de vip\u00e8res&nbsp;!&nbsp;\u00bb criait-il \u00e0 tous ceux-l\u00e0 qu\u2019il rencontrait, et d\u00e9masquait. Il connaissait du dedans de sa chair le go\u00fbt inf\u00e2me de leurs vices, le fiel de leurs mensonges, le venin de leur m\u00e9chancet\u00e9. Il parlait en grave et intime connaissance de cause, tout en demeurant intouch\u00e9 par le mal, tenacement rebelle \u00e0 ses perfides s\u00e9ductions. Et contre H\u00e9rode et H\u00e9rodiade sa col\u00e8re s\u2019enflamma sans r\u00e9pit, \u2014 les sauterelles de la mal\u00e9diction faisaient crisser leur d\u00e9go\u00fbt avec violence dans la chair du proph\u00e8te \u00e0 la&nbsp; seule pens\u00e9e de ces deux \u00eatres impurs, et donnaient \u00e0 sa voix des inflexions terribles. &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mais il mangeait aussi du miel, lequel emplissait sa chair de lumi\u00e8re, son&nbsp; c\u0153ur d\u2019all\u00e9gresse, et sa voix de douceur. D\u2019un autre insecte donc il puisait force et nourriture&nbsp;: les abeilles, braises volantes, manne de pure lumi\u00e8re et d\u2019intense saveur dont le bourdonnement est chant de vie, de s\u00e8ve, louange du jour. Paroles de feu clair dont la br\u00fblure est \u00e9veil, \u00e9blouissement. Jean le Baptiste go\u00fbta en abondance de ce miel secr\u00e9t\u00e9 au d\u00e9sert et qui avait des sables les reflets d\u2019or et d\u2019ambre, et aussi la tr\u00e8s fine et subtile sapidit\u00e9 d\u00e9pos\u00e9e en eux par le vent, l\u2019ombre bleut\u00e9e des nuages et des oiseaux, les \u00e9clats d\u2019\u00e9toiles, les pas des hommes et des b\u00eates. Il se livra \u00e0 une longue et attentive gustation de ce nectar inspirant, s\u2019en impr\u00e9gna la chair, le sang, la bouche, s\u2019en f\u00e9conda l\u2019esprit. Le miel du d\u00e9sert l\u2019illumina de haute sagesse et d\u2019immense patience&nbsp;: il se sut point de tangence, \u2014 de rupture et d\u2019envol, entre une \u00e8re accomplie et une \u00e8re nouvelle. Il se sut messager d\u2019une nouvelle extraordinaire, annonciateur d\u2019une impensable merveille, et il se fit t\u00e9moin avant-coureur de cette inou\u00efe merveille. Pour le Christ son amour s\u2019embrasa, le miel de la b\u00e9n\u00e9diction donnait \u00e0 sa voix de puissantes inflexions et faisait luire et chanter son \u00e2me. [\u2026]&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Jean-Pierre Lemaire &#8211; R\u00e9surrection<\/h3>\n\n\n\n<p>Il est venu me voir la premi\u00e8re, c\u2019est vrai<br>\u2014 son plus grand cadeau, mon souvenir secret.<br>Depuis longtemps sa vie, sa terrible vie<br>ne m\u2019appartenait plus. On avait consenti<br>\u00e0 me rendre son corps, pour le rendre \u00e0 la terre.<br>A qui importait la couleur de mon silence<br>entre attente et d\u00e9sespoir ? Combat dans les ruines<br>o\u00f9 il fallait encore ne pas dire non<br>ne pas confier au mauvais serviteur<br>les cl\u00e9s de la maison. J\u2019ai gard\u00e9 ouverte<br>la porte du fond. Du jardin nocturne<br>venait une odeur de fenouil et de menthe<br>que je confondais avec les aromates<br>pour sa s\u00e9pulture, et peut-\u00eatre avec<br>la myrrhe et l\u2019encens, lointains pr\u00e9sents des Mages.<br>Je finissais ainsi par m\u2019endormir<br>vers le matin, en m\u00e9langeant les jours.<br>Il faisait d\u00e9j\u00e0 clair quand il est entr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>Grains du Rosaire<br>in Le Pays derri\u00e8re les larmes (Po\u00e9sie\/Gallimard)<\/em><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a rel=\"noreferrer noopener\" href=\"https:\/\/sjbb.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/concert-25_6_23-poemes.pdf\" target=\"_blank\">A t\u00e9l\u00e9charger Francis Jammes<br>pri\u00e8re pour aller au Paradis avec les \u00e2nes<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cependant la tendresse inexprimable et douce<br \/>\nDe l\u2019astre, du vallon, du lac, du brin de mousse,<br \/>\nTressaillait plus profonde \u00e0 chaque instant autour<br \/>\nD\u2019\u00c8ve, que saluait du haut des cieux le jour\u00a0;<\/p>\n","protected":false},"author":11,"featured_media":17055,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[46,35],"tags":[],"class_list":["post-17051","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-2022-2023","category-rencontres"],"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/sjbb.fr\/wp-content\/uploads\/2023\/07\/VictorHugo25juin2023-1.jpg","jetpack_sharing_enabled":true,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/sjbb.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17051","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/sjbb.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/sjbb.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sjbb.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/11"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sjbb.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=17051"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/sjbb.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17051\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":17056,"href":"https:\/\/sjbb.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/17051\/revisions\/17056"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/sjbb.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/17055"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/sjbb.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=17051"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/sjbb.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=17051"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/sjbb.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=17051"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}