Je suis dans le métro, sur la ligne 1, au départ de Châtelet. Je lis le journal. Deux stations plus loin, je lève les yeux, sentant un regard. En face de moi, sur l’autre banquette de trois voyageurs, je reconnais cette femme que j’ai accompagnée avec sa fille il y a quelques mois, lors des funérailles de son mari. Elle me sourit intensément et semble heureuse de me retrouver. Nous nous mettons à parler, et à la station suivante, elle s’assied à côté de moi quand la place se libère. Elle me raconte ses jours et ses nuits depuis le départ de son cher compagnon, c’est toujours dur. Elle garde un souvenir tellement fort des obsèques et de l’accueil de la paroisse, où elle s’est sentie si chaleureusement écoutée et entourée.
Je lui demande des nouvelles de sa famille, elle me parle de sa petite-fille, Chiara (« lumière »), qui aime tant venir à l’église de Saint-Jean Baptiste et retrouver la petite croix de son grand-père dans la chapelle des défunts. Tous les ans, elle et son mari venaient chercher des Rameaux à SJBB avec Chiara. Elle parle de la foi de Chiara, de son amour des étoiles, cette petite-fille qui est pour sa mère et sa grand-mère comme une étoile vers la crèche. Dès qu’elle arrive dans la chapelle, elle s’agenouille et prie en silence. « Je vois ses lèvres qui murmurent en silence. Chiara parle à Dieu si simplement, je ne sais d’où ça lui vient, c’est comme une eau de source… ». Les larmes viennent dans ses beaux yeux remplis d’amour pour son mari, qui était subjugué par la lumière : « Pendant que vous avez la lumière, croyez en la lumière : vous serez alors des fils de lumière » (Jn 12,36).
Il avait rencontré après le confinement un frère dans une abbaye, et ses nombreux échanges avec lui l’avaient beaucoup aidé et poussé à lire quotidiennement la Bible.
Me revient ce qu’elle m’avait conté alors : « Un jour, en Italie, le soir tombe, Chiara joint les mains et, regardant le ciel, dit ‘je prie aux étoiles’ »
Elle me glisse en partant, quand je l’embrasse : « Mon mari aurait été tellement heureux de vous connaître ! » Et moi, alors ! Et je loue le Seigneur qui m’a remis cette si belle personne ce matin sur ma route.
Yves.