Une courte anecdote pour commencer. Au dernier siècle avant notre ère, il y avait à Jérusalem deux écoles de pensée juive, au sein du courant pharisien, plutôt opposées, dirigées par deux grandes figures charismatiques : Shammaï et Hillel. Un Gentil (un non juif) alla demander à Shammaï de lui expliquer toute la Torah pendant qu’il se tenait sur un seul pied. En colère, Shammaï l’envoya promener ! Le Gentil ne se découragea pas et alla voir Hillel pour lui poser la même question. Et ce dernier lui répondit simplement et gentiment, si j’ose dire : « Aime ton prochain comme toi-même ! » Le temps de se tenir sur un pied, et tout est dit !
Le prochain, le frère, voilà, tant pour le judaïsme que pour le christianisme, la clé de voute sur laquelle repose l’équilibre et la réussite plurimillénaire du judaïsme et pluriséculaire de l’Eglise. La fraternité, c’est le cœur même de notre foi. Son origine, sa source. En ce temps de Carême, il est bon de se le rappeler. Le frère est au cœur de notre vie. Parce que Dieu l’a créé pour nous par amour. Nous ne pouvons pas vivre sans frères. La fraternité n’est pas une morale, un slogan politique ou une simple inscription au fronton de nos mairies. C’est bien plus, beaucoup plus que cela ! C’est ce qui nous constitue, nous définit, nous habite en permanence. C’est un autre soi-même vital. Le frère m’ouvre toujours le chemin…
En ce temps de Carême, convertissons-nous à la fraternité ! Parce que le Christ fait de tout être humain mon frère, ma sœur. Le Verbe s’est fait frère !
« Ce que vous aurez fait au plus petit, c’est à moi que vous l’aurez fait ! »
Nous sommes un peuple de frères. C’est dans l’amour du Père, en frères, que nous devons nous aimer les uns les autres. Pendant le Carême, nous prions pour donner. Nous jeûnons pour donner. Le don de l’amour. De la vraie charité.
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et le second lui est semblable : tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. » (Matthieu 22, 36-40)
C’est la réponse de Jésus aux pharisiens qui lui demandaient quel était le grand commandement dans la Torah…
Edmond Sirvente