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La nuit de l’art

Comme chaque année la période estivale apporte dans chaque village de Mallorca (Iles Baléares) un temps plus au moins long de fêtes et réjouissances, chaque jour différentes. Ce fut le cas où je me trouvai, celles-ci se terminant le dimanche 16 août, précédées le samedi 15 en soirée par une messe solennelle pour l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie.

Mais ce qui donne le titre à ce texte est la soirée qui précédait cette fin de semaine appelée ainsi dans le programme des fêtes, celle du jeudi. Les rues principales étaient bruyantes des échanges entre artisans qui avaient installé leurs stands, les passants et les rires des enfants.

L’église paroissiale était illuminée, ouverte au public, ce qui frappait le plus en entrant dans celle-ci était la nef vide des bancs d’œuvre habituels, l’obscurité seulement atténuée par deux candélabres de chaque côté de la statue de la Sainte Vierge Marie en gisant, légèrement surélevée et inclinée, entourée d’un grand nombre de bougies de toutes tailles; des voilages très légers descendant de la voûte, voletant autour de la Vierge Marie, découvrant à ces moments là le chœur et l’autel doré.

C’était comme se trouver au milieu de nuées dans un calme absolu, les personnes qui entraient respectant le silence,  très loin des bruits que je retrouverai  à la sortie de l’église .

Ce fut pour moi un véritable ressenti d’irréalité mais aussi de paix intérieure, comme souvent il est difficile de le trouver . Ce qui me remet en mémoire la prière de saint Charles de Foucauld : «  Mon Père, je m’abandonne à toi, fais de moi ce qu’il te plaira. »

Danielle

“Dieu est ami du silence.
Nous avons soif de trouver Dieu,
mais il ne se laisse découvrir, ni dans le bruit ni dans l’agitation.” (Mère Teresa)

« Soyons bons et les temps seront bons, car nous sommes le temps »

Première canicule, au cœur du printemps. Le bus est bien rempli, mais pas bondé. A l’arrêt Belleville-Ménilmontant, un homme à l’allure négligée, la soixantaine, cheveux sales, barbe de plusieurs jours, qui paraît un peu déboussolé, monte par la porte arrière. Il tient dans une main une bouteille de rouge, 4 yaourts et un paquet de biscuits, tout en essayant, de l’autre main, de ranger sa carte bleue dans son portefeuille, au risque de tout faire tomber. Une femme, assise sur une des deux places du milieu du bus, observe l’homme encombré depuis qu’il est monté. Soudain, elle l’interpelle : « Monsieur, venez vous asseoir ! » et d’un geste, elle lui montre la place libre à côté d’elle. L’homme la regarde, lui sourit, mais ne bouge pas. La femme insiste : « Vous ne pourrez pas ranger ça correctement si vous restez debout, vous allez tout faire tomber. » L’homme opine du chef, toujours souriant. Il semble hésiter, maintenant. La femme, à qui sa légère indécision n’a pas échappé, l’invite à nouveau. « Allez, monsieur, venez vous asseoir ! À côté de moi ou ailleurs, c’est comme vous voulez, il y a des places. »

L’homme s’avance finalement vers elle en disant : « Ah, je vais m’asseoir à côté de vous parce que vous êtes gentille. » Il s’assoit, pose ses provisions sur ses genoux, puis parvient enfin à ranger sa carte bleue dans son portefeuille. Sa voisine lui dit : « Voilà, c’est bien. Vous savez, vous devriez avoir un petit sac pour ranger vos courses, ce serait plus pratique. » L’homme sourit, acquiesce, puis il appuie sur le bouton pour demander l’arrêt à la prochaine station. Il entreprend de se lever, péniblement. C’est alors qu’un homme, assis à sa droite, de l’autre côté de la rangée centrale, se met à fouiller dans la poche de sa djellaba et sort une poignée de petits sacs transparents et très fins comme ceux que l’on trouve dans les supermarchés au rayon fruits et légumes. Le bus ralentit. L’homme s’empresse de détacher un sac, le froisse pour l’ouvrir et le tend, sans un mot, à l’homme aux courses au moment où le bus s’arrête. L’homme le prend : « Merci beaucoup monsieur » lui lance-t-il dans un grand sourire, en descendant.

Nous étions assis derrière ces personnes et nous avons assisté, épatés et émus, à ce moment d’entraide improvisé, spontané, entre trois individus qui ne se connaissaient pas et ne se rencontreront sans doute jamais plus. Des regards comme des invitations, des gestes fraternels, peu de mots, juste les essentiels, ceux qui invitent, ceux qui rassurent. La charité à l’œuvre, d’autres appelleraient cela de la solidarité ou du « bien vivre ensemble ». C’est cela aussi, mais nous, nous avons vu là trois visages du Christ. Et un formidable moment d’espérance. Une espérance pleine et vive. Vivifiante et vivifiée. Ainsi nous pouvons faire nôtre l’injonction de Saint-Augustin :

« Ne dis pas : les temps sont mauvais. Soyons bons et les temps seront bons, car nous sommes le temps. »

Marion et Yves

Rien n’est impossible à Dieu

Dans ma déjà longue vie, après ma mère, bénie soit-elle, qui reste pour toujours l’être le plus important de ma vie, j’ai eu la chance d’avoir rencontré des hommes et des femmes remarquables. Entre autres, des professeurs d’école et d’université, des politiques, des écrivains, des journalistes, des artistes, des prêtres, des pasteurs, des évêques et archevêques, une mère supérieure de couvent et des pères abbés de monastères, des rabbins et grands-rabbins, des talmudistes, un imam, un moine bouddhiste, etc… Certains, de grande notoriété, comme le Frère Roger, fondateur de Taizé, ou le Grand-rabbin de France René- Samuel irat (premier Grand-rabbin de France d’origine sépharade).

Mais, c’est un cardinal qui m’aura le plus marqué de manière profonde et indélébile. Un cardinal atypique, qui aurait pu devenir pape. Un cardinal juif. Vous avez deviné ? Il s’agit, bien sûr, du Cardinal Aron Jean-Marie Lustiger ! A l’occasion du centenaire de sa naissance (il est né le 17 septembre 1926 à Paris) , je souhaite vous partager, comme on le fait en famille, quelques souvenirs que j’ai de lui.

C’était un homme d’une intelligence rare. D’une expression libre et courageuse. Il ne s’embarrassait pas de circonlocutions, il allait droit au but, au risque quelquefois de vous déconcerter. Il savait aussi écouter. Les rencontres que j’ai eues avec lui étaient toujours empreintes d’une certaine profondeur, et de légèreté aussi. Il avait de l’humour, toujours bienveillant. Sans doute ses origines m’avaient-elles naturellement rapprochées de lui ! Nos rencontres, trop rares, selon moi, se terminaient toujours par un chaleureux « Chalom » et « Priez pour moi« . A l’occasion de sorties de messes, et surtout à Notre-Dame de Paris, d’une conférence, d’une inauguration… Et, bien sûr, lors de ses visites pastorales à Saint Jean-Baptiste de Belleville !

C’était une relation simple et informelle. L’entendre me dire, dans nos échanges, de sa voix rauque et enrouée, cette célèbre parole de Saint Luc « rien n’est impossible à Dieu » qu’il avait pleinement adoptée, au point que beaucoup pensent qu’elle est de lui, constituait, pour moi, à elle seule, un moment exceptionnel.

Je lui avais dit un jour : « Vous êtes un prophète ! », ce à quoi il m’avait aussitôt répondu : »Non, peut-être tout au plus un visionnaire ». Depuis 2013, six ans après sa mort, un mémorial lui est dédié, dans les jardins de l’abbaye bénédictine d’Abou Gosh, près de Jérusalem. Lorsque j’ai l’occasion de m’y rendre, je m’y recueille et je prie, en communion avec lui, pour la paix en Israël, sur la terre de Dieu.

Pour finir, une photo-souvenir émouvante et remplie de nostalgie, gravée dans ma mémoire et dans mon cœur, et prise au 8, rue de Palestine avec Marie-Line, ma femme, aujourd’hui atteinte d’une maladie incurable : il est au milieu de nous deux et nous serre dans ses bras…

Dans ce monde inquiet et inquiétant, où s’installe un antisémitisme de plus en plus banalisé, depuis le pogrom du 7 octobre 2023, le courage et l’autorité de sa parole nous manquent tellement…

Edmond Sirvente

L’ADORATION

L’hostie exposée sur l’autel, c’est quelque chose, quand même!

C’est un objet circulaire, grisâtre. Comme il n’y a pas d’aspérité, c’est plat et profond à la fois. On dirait un miroir – un miroir opaque. Parfois, cela ressemble à un œuf, parfaitement sphérique. Ou à un globe terrestre – la carte du Ciel, peut-être. Quand on s’approche, on ressent sa puissance. C’est une sorte de rayonnement intense, intensif. On a l’impression qu’on peut passer les mains à travers, et les faire pénétrer dans une autre dimension. L’hostie est à la fois pain, soleil, rayonnement, et sas. Pendant ce temps qui est offert, on peut rester les yeux profondément fermés, ou on peut fixer l’hostie dans sa châsse, ce drôle de hublot taillé dans la trame même de la réalité. Oui, c’est comme une ouverture : une déchirure dans le monde matériel, une fenêtre sur le monde vécu de Dieu.

Au début, on se dit forcément : « Hou là là, ça va vraiment être long une demi-heure d’Adoration ». On renâcle. Et quand les 30 minutes sont écoulées, on se dit : « déjà ? ». Au bout d’un moment, les pensées qui rugissent sans cesse se calment. On s’aperçoit qu’on vit un morceau de présent pur, suspendu.

Rien n’empêche d’ailleurs de s’endormir. A ce qu’il paraît, lors de ces temps d’Adoration, on m’entend souvent ronfler ! Là, la conscience cède, et l’Esprit Saint en profite pour travailler en profondeur. C’est pour moi la grande méditation chrétienne. Là où dans la méditation bouddhiste on reste seul dans une lente pénétration au cœur de soi-même et on touche du doigt le cosmos impersonnel, jusqu’à s’y noyer quasiment, ici on vit une rencontre : il s’agit avant tout de se tenir en présence de Jésus, en chair et en pain. De lui parler. D’être heureux d’être avec lui. Ce serait un peu comme passer une veillée devant un feu de camp, avec le Christ, dans le désert de Galilée, sous les étoiles, dans le silence et le souffle.

Une fois, il y a quelques années, à l’Église Saint Leu Saint Gilles de Paris, alors que je me calais sur ma chaise pour me préparer à une heure d’Adoration que je n’avais pas forcément envie de faire, j’ai ressenti un commandement impérieux, comme une phrase murmurée à mon oreille : « Il ne faut pas bouger. » Le rayonnement de l’hostie s’est intensifié jusqu’à devenir une sorte de faisceau de lampe torche dirigé sur mon cœur. Un à un, le faisceau a pointé tous les endroits de mon être qui étaient gelés – les endroits en souffrance, les endroits congelés, blessés, stérilisés, vitrifiés. Il me les a désignés – et réchauffés. Il y avait comme la chirurgie divine à l’œuvre – qui identifie, éclaire et répare. Redresse. La conséquence en a été une période de quelques jours que l’on pourrait qualifier de « marqués par la Grâce » – un calme étonnant, une ouverture émerveillée au Monde et à sa beauté.

Ainsi, n’hésitez pas à vous faire bronzer l’âme au soleil de l’Adoration. De grandes choses peuvent arriver.

Ludovic K.

Un chemin, pas une autoroute

Tandis que la période estivale approchait de sa fin – ce temps où beaucoup d’entre nous vivons des déplacements de toutes sortes : balades à pieds ou à vélo, TGV fuyant le long des rails, voitures en files sur l’asphalte –, j’ai été interpellée par une chronique parue dans La Croix  où l’auteure, Céline Rohmer, théologienne et pasteure, écrivait : « … je préfère les chemins. Celui dont je me réclame a eu l’étrange idée de dire : « Je suis le chemin. » Pas la route. Encore moins l’autoroute. Un chemin oblige à ralentir, à marcher au pas de l’autre, à consentir au détour. C’est en chemin qu’on fait des rencontres. »

Un chemin, en effet, on y avance à son rythme. On a le droit d’y faire des pauses quand on est fatigué ou d’y courir soudain dans la hâte de découvrir un nouveau point de vue. Un chemin n’est jamais rectiligne, ses méandres sont sources de surprises. Un chemin est le contraire de la vitesse, il reste à l’écart du bruit, de la foule, de la performance. Toutes choses qui nous guettent à la reprise de nos activités habituelles : le bruit, la foule, la vitesse, et cette performance dont notre société fait trop souvent une obligation. C’était donc le bon moment pour que me soit rappelée cette phrase de Jésus – quelque peu énigmatique, reconnaissons-le : « Je suis le chemin. » Car, comment une personne peut-elle être un chemin et inversement ? Qui d’autre que Lui, Jésus, serait en droit de se définir ainsi : « Je suis le chemin, la vérité, la vie » ? Comme si ces trois mots, tout en se complétant, n’en formaient qu’un seul. Autrement dit, ce chemin offert est le vrai de la vie. En l’empruntant, on ne se trompe ni de direction ni de destination. Il s’inscrit dans la durée, dans le jour-après-jour de nos existences. Il n’est pas sans aspérités, sans brouillards à traverser, sans averses ni coups de vent – ou coups de soleil – à essuyer. Mais il intègre les nécessaires moments de repos, les haltes du soir et les redémarrages parfois un peu rouillés du matin. Et cette époque de l’année, qu’on appelle traditionnellement « la rentrée », est bien le moment de réentendre que, comme Jésus le dit à Thomas , pour aller là où Il va – et où Il veut nous conduire : vers le Père –, nous connaissons le chemin.

 Un chemin qui s’est inscrit dans la chair de notre humanité. Un chemin au rythme de nos pas, au tempo de nos vies. Pas une autoroute à 130 au compteur. Un humble mais exaltant chemin de marcheurs.

Marie-Hélène D

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