Catégorie : REGARD DE L’AUTRE Page 1 of 17

Laissez venir à moi…

 « Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. Amen, je vous le dis : celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas. » Matthieu 19-4.

Que pourrait nous dire Jésus aujourd’hui, dans cette France de l’automne 2026 ?

« Laissez les adolescents et les jeunes gens venir à moi, car le Royaume des cieux est pétri de leurs rêves, leurs aspirations vous obligent et ils sont prophètes de leurs temps. »

« Laissez les cœurs rongés par la colère venir à moi, car ils et elles crient vers mon Père, le Royaume de Dieu est assez vaste pour accueillir leur parole et leur offrir une vraie écoute. »

« Laissez les âmes hantées par le désir de violence venir à moi car je n’ai pas peur d’eux, ils et elles sont aussi mes enfants. Les chemins de Rédemption que je vous ai laissés sont nombreux et le Royaume de mon Père est aussi fait pour ceux qui se sont égarés. »

« Laissez celles et ceux qui gouvernent venir à moi car ils ont besoin d’être guidés. Je leur soufflerai encore et encore l’Esprit de Sagesse, d’Intelligence et de Conseil. Je leur redirai que si leur temps est celui du monde, leurs actes doivent puiser dans le temps infini du Royaume ».

« Laissez les forces de l’ordre venir à moi car je dois leur rappeler qu’ils ne sont pas seulement des gardiens de la paix mais aussi les artisans de ma Paix. »

« Laissez la foule immense d’Hommes et de Femmes de bonne volonté venir à moi car je veux leur dire merci et leur redonner l’Esprit de Force. Mon Père tout puissant a plus que jamais besoin d’eux pour bâtir chaque jour un Monde nouveau. »

« Laissez-moi venir à vous, car je vous aime. »

Aline

Je découvre la nuit

Je n’avais pas encore marché dans la nuit, mais seulement dans son obscurité. De la nuit, je ne connaissais que les ténèbres. Je ne voyais pas de solution.

Je n’avais pas de lampe de poche pour me repérer. J’avais peur de tomber bruyamment, d’avoir mal, de réveiller toute la famille… Il y avait bien une bougie, mais sans briquet ni allumettes, comment faire jaillir la petite lumière ?

Dans la nuit, j’ai marché à tâtons.
Dans la nuit, j’ai cherché des lueurs et des reflets.
Dans la nuit, les animaux qui veillaient m’étaient inconnus.
J’étais une inconnue pour eux. Je ne les intéressais pas.
Ils semblaient parfois ligués entre eux pour me jeter dans le fossé.
Pour conspirer à ma perte…

Mais j’ai fermé la porte à mon imagination. Question de survie ! Dans l’obscurité, il faut marcher sans se poser de question. Comme les soldats qui se cachaient dans les tranchées. Comme les résistants qui dissimulaient leur nom sur leurs papiers, épargnant ainsi leur famille, leurs proches.

Je t’ai confié ma destinée, ô Seigneur. Je t’ai appelé de toutes mes forces, j’ai cru en toi. Longtemps je n’entendais pas le son de Ta voix. Tu étais sans doute très loin, dans des combats autrement plus importants, pour des enfants malades, ou des personnes chassées de leur pays par la guerre.

Et soudain, j’étais comme dans l’histoire des traces de pas sur le sable de la plage : celui qui marche seul se retourne de temps en temps. Pendant la nuit, il voit toujours deux traces de pas, comme si quelqu’un l’avait accompagné tout au long du chemin. Il pense… Non, il sait… que le Seigneur l’accompagne ! Puis, quand le jour se lève, il se retourne à nouveau, titubant de fatigue, et il voit qu’il n’y a plus qu’une seule trace de pas sur le sable.

Très surpris, et même peiné, il s’adresse au Seigneur en lui disant : « Je vois que c’est dans les moments les plus difficiles que Tu m’as laissé seul… »

« Mais non, lui répond le Seigneur, dans les moments difficiles
il y avait seulement les traces de mes pas à moi, parce qu’alors…
Je te portais dans mes bras… »

Dans la nuit, j’ai découvert l’immensité d’un monde nouveau.
Dans la nuit, il y a toujours la lumière des Saints,
Qui nous aident à garder l’espérance, et à rester auprès du Père par la prière.

Marie

La nuit de l’art

Comme chaque année la période estivale apporte dans chaque village de Mallorca (Iles Baléares) un temps plus au moins long de fêtes et réjouissances, chaque jour différentes. Ce fut le cas où je me trouvai, celles-ci se terminant le dimanche 16 août, précédées le samedi 15 en soirée par une messe solennelle pour l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie.

Mais ce qui donne le titre à ce texte est la soirée qui précédait cette fin de semaine appelée ainsi dans le programme des fêtes, celle du jeudi. Les rues principales étaient bruyantes des échanges entre artisans qui avaient installé leurs stands, les passants et les rires des enfants.

L’église paroissiale était illuminée, ouverte au public, ce qui frappait le plus en entrant dans celle-ci était la nef vide des bancs d’œuvre habituels, l’obscurité seulement atténuée par deux candélabres de chaque côté de la statue de la Sainte Vierge Marie en gisant, légèrement surélevée et inclinée, entourée d’un grand nombre de bougies de toutes tailles; des voilages très légers descendant de la voûte, voletant autour de la Vierge Marie, découvrant à ces moments là le chœur et l’autel doré.

C’était comme se trouver au milieu de nuées dans un calme absolu, les personnes qui entraient respectant le silence,  très loin des bruits que je retrouverai  à la sortie de l’église .

Ce fut pour moi un véritable ressenti d’irréalité mais aussi de paix intérieure, comme souvent il est difficile de le trouver . Ce qui me remet en mémoire la prière de saint Charles de Foucauld : «  Mon Père, je m’abandonne à toi, fais de moi ce qu’il te plaira. »

Danielle

“Dieu est ami du silence.
Nous avons soif de trouver Dieu,
mais il ne se laisse découvrir, ni dans le bruit ni dans l’agitation.” (Mère Teresa)

« Soyons bons et les temps seront bons, car nous sommes le temps »

Première canicule, au cœur du printemps. Le bus est bien rempli, mais pas bondé. A l’arrêt Belleville-Ménilmontant, un homme à l’allure négligée, la soixantaine, cheveux sales, barbe de plusieurs jours, qui paraît un peu déboussolé, monte par la porte arrière. Il tient dans une main une bouteille de rouge, 4 yaourts et un paquet de biscuits, tout en essayant, de l’autre main, de ranger sa carte bleue dans son portefeuille, au risque de tout faire tomber. Une femme, assise sur une des deux places du milieu du bus, observe l’homme encombré depuis qu’il est monté. Soudain, elle l’interpelle : « Monsieur, venez vous asseoir ! » et d’un geste, elle lui montre la place libre à côté d’elle. L’homme la regarde, lui sourit, mais ne bouge pas. La femme insiste : « Vous ne pourrez pas ranger ça correctement si vous restez debout, vous allez tout faire tomber. » L’homme opine du chef, toujours souriant. Il semble hésiter, maintenant. La femme, à qui sa légère indécision n’a pas échappé, l’invite à nouveau. « Allez, monsieur, venez vous asseoir ! À côté de moi ou ailleurs, c’est comme vous voulez, il y a des places. »

L’homme s’avance finalement vers elle en disant : « Ah, je vais m’asseoir à côté de vous parce que vous êtes gentille. » Il s’assoit, pose ses provisions sur ses genoux, puis parvient enfin à ranger sa carte bleue dans son portefeuille. Sa voisine lui dit : « Voilà, c’est bien. Vous savez, vous devriez avoir un petit sac pour ranger vos courses, ce serait plus pratique. » L’homme sourit, acquiesce, puis il appuie sur le bouton pour demander l’arrêt à la prochaine station. Il entreprend de se lever, péniblement. C’est alors qu’un homme, assis à sa droite, de l’autre côté de la rangée centrale, se met à fouiller dans la poche de sa djellaba et sort une poignée de petits sacs transparents et très fins comme ceux que l’on trouve dans les supermarchés au rayon fruits et légumes. Le bus ralentit. L’homme s’empresse de détacher un sac, le froisse pour l’ouvrir et le tend, sans un mot, à l’homme aux courses au moment où le bus s’arrête. L’homme le prend : « Merci beaucoup monsieur » lui lance-t-il dans un grand sourire, en descendant.

Nous étions assis derrière ces personnes et nous avons assisté, épatés et émus, à ce moment d’entraide improvisé, spontané, entre trois individus qui ne se connaissaient pas et ne se rencontreront sans doute jamais plus. Des regards comme des invitations, des gestes fraternels, peu de mots, juste les essentiels, ceux qui invitent, ceux qui rassurent. La charité à l’œuvre, d’autres appelleraient cela de la solidarité ou du « bien vivre ensemble ». C’est cela aussi, mais nous, nous avons vu là trois visages du Christ. Et un formidable moment d’espérance. Une espérance pleine et vive. Vivifiante et vivifiée. Ainsi nous pouvons faire nôtre l’injonction de Saint-Augustin :

« Ne dis pas : les temps sont mauvais. Soyons bons et les temps seront bons, car nous sommes le temps. »

Marion et Yves

Rien n’est impossible à Dieu

Dans ma déjà longue vie, après ma mère, bénie soit-elle, qui reste pour toujours l’être le plus important de ma vie, j’ai eu la chance d’avoir rencontré des hommes et des femmes remarquables. Entre autres, des professeurs d’école et d’université, des politiques, des écrivains, des journalistes, des artistes, des prêtres, des pasteurs, des évêques et archevêques, une mère supérieure de couvent et des pères abbés de monastères, des rabbins et grands-rabbins, des talmudistes, un imam, un moine bouddhiste, etc… Certains, de grande notoriété, comme le Frère Roger, fondateur de Taizé, ou le Grand-rabbin de France René- Samuel irat (premier Grand-rabbin de France d’origine sépharade).

Mais, c’est un cardinal qui m’aura le plus marqué de manière profonde et indélébile. Un cardinal atypique, qui aurait pu devenir pape. Un cardinal juif. Vous avez deviné ? Il s’agit, bien sûr, du Cardinal Aron Jean-Marie Lustiger ! A l’occasion du centenaire de sa naissance (il est né le 17 septembre 1926 à Paris) , je souhaite vous partager, comme on le fait en famille, quelques souvenirs que j’ai de lui.

C’était un homme d’une intelligence rare. D’une expression libre et courageuse. Il ne s’embarrassait pas de circonlocutions, il allait droit au but, au risque quelquefois de vous déconcerter. Il savait aussi écouter. Les rencontres que j’ai eues avec lui étaient toujours empreintes d’une certaine profondeur, et de légèreté aussi. Il avait de l’humour, toujours bienveillant. Sans doute ses origines m’avaient-elles naturellement rapprochées de lui ! Nos rencontres, trop rares, selon moi, se terminaient toujours par un chaleureux « Chalom » et « Priez pour moi« . A l’occasion de sorties de messes, et surtout à Notre-Dame de Paris, d’une conférence, d’une inauguration… Et, bien sûr, lors de ses visites pastorales à Saint Jean-Baptiste de Belleville !

C’était une relation simple et informelle. L’entendre me dire, dans nos échanges, de sa voix rauque et enrouée, cette célèbre parole de Saint Luc « rien n’est impossible à Dieu » qu’il avait pleinement adoptée, au point que beaucoup pensent qu’elle est de lui, constituait, pour moi, à elle seule, un moment exceptionnel.

Je lui avais dit un jour : « Vous êtes un prophète ! », ce à quoi il m’avait aussitôt répondu : »Non, peut-être tout au plus un visionnaire ». Depuis 2013, six ans après sa mort, un mémorial lui est dédié, dans les jardins de l’abbaye bénédictine d’Abou Gosh, près de Jérusalem. Lorsque j’ai l’occasion de m’y rendre, je m’y recueille et je prie, en communion avec lui, pour la paix en Israël, sur la terre de Dieu.

Pour finir, une photo-souvenir émouvante et remplie de nostalgie, gravée dans ma mémoire et dans mon cœur, et prise au 8, rue de Palestine avec Marie-Line, ma femme, aujourd’hui atteinte d’une maladie incurable : il est au milieu de nous deux et nous serre dans ses bras…

Dans ce monde inquiet et inquiétant, où s’installe un antisémitisme de plus en plus banalisé, depuis le pogrom du 7 octobre 2023, le courage et l’autorité de sa parole nous manquent tellement…

Edmond Sirvente

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