« Seigneur, avec toi, nous irons au désert… ». Alors que nous reprenons souvent ce chant en temps de Carême, je m’interroge : qu’est-ce que le désert pour moi ?

À la réflexion, j’en déduis que c’est peut-être, tout bêtement, de reconnaître et d’accepter mes failles, mes limites et mes faiblesses. Et d’assumer mes ratages, mes blocages – ce qui ne signifie pas m’y résigner, car il faut s’appliquer sans cesse à réparer les uns et à faire sauter les autres !

Puis une autre réponse me vient : et si cela consistait aussi à gérer, sans agacements ni crispations inutiles, les petites et grandes contrariétés que les aléas du quotidien et de la vie en société nous apportent immanquablement ? Plus facile à dire qu’à faire !

Alors, je reviens au chant. Il me dit qu’au désert, « nous mangerons la Parole de Dieu. » Or, celle que nous entendons depuis le début du Carême est des plus exigeantes. Il n’y est question que d’amour, d’accueil et de pardon inconditionnels, de prières et de bonnes actions vécues dans le secret. Un programme de perfection inatteignable ! À moins de l’envisager comme un lent processus de dépouillement, d’une désertification de soi, en quelque sorte. Un travail patiemment nourri par la Parole, à accomplir non seulement le temps d’un Carême, mais dans la longueur des jours.

Puis le chant dit que « nous irons au désert pour guérir ». Et ça, je le conçois volontiers. Parce que je ne peux pas demander la guérison de mes raideurs, surdités et cécités dans le bruit, l’agitation et l’encombrement. Il y faut du silence, du calme, et la nudité intérieure de la prière. Or, justement, « nous irons au désert pour prier. » Pour que le pardon et la force de Dieu nous soit donnés.

Pour moi, le plus difficile réside dans le dernier couplet : « Nous irons au désert vers ta croix ». Dans le récit des tentations de Jésus, je suis toujours frappée par les insinuations de Satan : « Si tu es le Fils de Dieu… ». C’est encore lui, l’Adversaire, qui met ce défi railleur dans la bouche des badauds du Golgotha : « Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix ! » Ultime et cruelle tentation à laquelle Jésus ne cédera pas. C’est pourquoi Il est en droit de nous demander de porter à notre tour notre croix. Pas la sienne – nous en serions bien incapables ! – rien que la nôtre, et il n’est déjà pas aisé d’y consentir. Néanmoins, nous osons chanter : « Et nous porterons notre croix ». Nous ajoutons même : « Nous vivrons la folie de la croix. » Personnellement, je me demande toujours si j’ai bien conscience de ce que je chante…

« L’amour de Dieu est folie », dit un autre chant. Il faut vraiment faire le vide en soi pour s’ouvrir à cette affirmation. C’est pourquoi « nous fêterons notre Pâque au désert », le lieu de notre vérité.

Marie-Hélène D.