Catégorie : REGARD DE L’AUTRE Page 2 of 17

L’ADORATION

L’hostie exposée sur l’autel, c’est quelque chose, quand même!

C’est un objet circulaire, grisâtre. Comme il n’y a pas d’aspérité, c’est plat et profond à la fois. On dirait un miroir – un miroir opaque. Parfois, cela ressemble à un œuf, parfaitement sphérique. Ou à un globe terrestre – la carte du Ciel, peut-être. Quand on s’approche, on ressent sa puissance. C’est une sorte de rayonnement intense, intensif. On a l’impression qu’on peut passer les mains à travers, et les faire pénétrer dans une autre dimension. L’hostie est à la fois pain, soleil, rayonnement, et sas. Pendant ce temps qui est offert, on peut rester les yeux profondément fermés, ou on peut fixer l’hostie dans sa châsse, ce drôle de hublot taillé dans la trame même de la réalité. Oui, c’est comme une ouverture : une déchirure dans le monde matériel, une fenêtre sur le monde vécu de Dieu.

Au début, on se dit forcément : « Hou là là, ça va vraiment être long une demi-heure d’Adoration ». On renâcle. Et quand les 30 minutes sont écoulées, on se dit : « déjà ? ». Au bout d’un moment, les pensées qui rugissent sans cesse se calment. On s’aperçoit qu’on vit un morceau de présent pur, suspendu.

Rien n’empêche d’ailleurs de s’endormir. A ce qu’il paraît, lors de ces temps d’Adoration, on m’entend souvent ronfler ! Là, la conscience cède, et l’Esprit Saint en profite pour travailler en profondeur. C’est pour moi la grande méditation chrétienne. Là où dans la méditation bouddhiste on reste seul dans une lente pénétration au cœur de soi-même et on touche du doigt le cosmos impersonnel, jusqu’à s’y noyer quasiment, ici on vit une rencontre : il s’agit avant tout de se tenir en présence de Jésus, en chair et en pain. De lui parler. D’être heureux d’être avec lui. Ce serait un peu comme passer une veillée devant un feu de camp, avec le Christ, dans le désert de Galilée, sous les étoiles, dans le silence et le souffle.

Une fois, il y a quelques années, à l’Église Saint Leu Saint Gilles de Paris, alors que je me calais sur ma chaise pour me préparer à une heure d’Adoration que je n’avais pas forcément envie de faire, j’ai ressenti un commandement impérieux, comme une phrase murmurée à mon oreille : « Il ne faut pas bouger. » Le rayonnement de l’hostie s’est intensifié jusqu’à devenir une sorte de faisceau de lampe torche dirigé sur mon cœur. Un à un, le faisceau a pointé tous les endroits de mon être qui étaient gelés – les endroits en souffrance, les endroits congelés, blessés, stérilisés, vitrifiés. Il me les a désignés – et réchauffés. Il y avait comme la chirurgie divine à l’œuvre – qui identifie, éclaire et répare. Redresse. La conséquence en a été une période de quelques jours que l’on pourrait qualifier de « marqués par la Grâce » – un calme étonnant, une ouverture émerveillée au Monde et à sa beauté.

Ainsi, n’hésitez pas à vous faire bronzer l’âme au soleil de l’Adoration. De grandes choses peuvent arriver.

Ludovic K.

Un chemin, pas une autoroute

Tandis que la période estivale approchait de sa fin – ce temps où beaucoup d’entre nous vivons des déplacements de toutes sortes : balades à pieds ou à vélo, TGV fuyant le long des rails, voitures en files sur l’asphalte –, j’ai été interpellée par une chronique parue dans La Croix  où l’auteure, Céline Rohmer, théologienne et pasteure, écrivait : « … je préfère les chemins. Celui dont je me réclame a eu l’étrange idée de dire : « Je suis le chemin. » Pas la route. Encore moins l’autoroute. Un chemin oblige à ralentir, à marcher au pas de l’autre, à consentir au détour. C’est en chemin qu’on fait des rencontres. »

Un chemin, en effet, on y avance à son rythme. On a le droit d’y faire des pauses quand on est fatigué ou d’y courir soudain dans la hâte de découvrir un nouveau point de vue. Un chemin n’est jamais rectiligne, ses méandres sont sources de surprises. Un chemin est le contraire de la vitesse, il reste à l’écart du bruit, de la foule, de la performance. Toutes choses qui nous guettent à la reprise de nos activités habituelles : le bruit, la foule, la vitesse, et cette performance dont notre société fait trop souvent une obligation. C’était donc le bon moment pour que me soit rappelée cette phrase de Jésus – quelque peu énigmatique, reconnaissons-le : « Je suis le chemin. » Car, comment une personne peut-elle être un chemin et inversement ? Qui d’autre que Lui, Jésus, serait en droit de se définir ainsi : « Je suis le chemin, la vérité, la vie » ? Comme si ces trois mots, tout en se complétant, n’en formaient qu’un seul. Autrement dit, ce chemin offert est le vrai de la vie. En l’empruntant, on ne se trompe ni de direction ni de destination. Il s’inscrit dans la durée, dans le jour-après-jour de nos existences. Il n’est pas sans aspérités, sans brouillards à traverser, sans averses ni coups de vent – ou coups de soleil – à essuyer. Mais il intègre les nécessaires moments de repos, les haltes du soir et les redémarrages parfois un peu rouillés du matin. Et cette époque de l’année, qu’on appelle traditionnellement « la rentrée », est bien le moment de réentendre que, comme Jésus le dit à Thomas , pour aller là où Il va – et où Il veut nous conduire : vers le Père –, nous connaissons le chemin.

 Un chemin qui s’est inscrit dans la chair de notre humanité. Un chemin au rythme de nos pas, au tempo de nos vies. Pas une autoroute à 130 au compteur. Un humble mais exaltant chemin de marcheurs.

Marie-Hélène D

Le temps de la moisson

Juillet est l’une des périodes où arrivent à maturité le blé, l’orge, le colza… Et, justement, lors d’un dimanche de ce mois, on lira la parabole du champ que son propriétaire a fait ensemencer de bon grain. Or, voilà qu’y poussent aussi de mauvaises herbes ! Consternation des ouvriers, déjà prêts à arracher les pousses indésirables. À quoi le maître s’oppose : en éradiquant l’ivraie, ils risquent d’arracher aussi le blé. Qu’ils les laissent donc croître ensemble jusqu’au jour de la récolte ! Alors, les moissonneurs feront le tri.

J’aime particulièrement cette parabole. Je me sens si souvent semblable à ce champ, capable de produire un tel mélange de bon et de mauvais ! Inlassablement, Dieu sème en nous sa Parole, que l’Adversaire s’acharne à polluer de doutes, de refus, de mensonges… Certes, la prière et les sacrements sont de bons outils pour« désherber » notre cœur. Mais on voudrait tellement, parfois, pouvoir tout arracher d’un coup ! Et comme c’est impossible, on est tenté par le découragement : « Je n’y arriverai jamais. Je n’atteindrai jamais l’état de pureté auquel j’aspire… »  Les images employées par Jésus viennent nous assurer une fois de plus de la puissance de Celui qui, avec du tout petit – pas plus gros qu’une graine de moutarde – suscite un arbre assez grand pour que les oiseaux du ciel fassent leur nid dans ses branches, comme le raconte la parabole suivante.

Patiente et attentive miséricorde de Dieu qui accueille, accompagne et soutient nos humbles démarches de conversion, sans s’irriter ni de nos lenteurs ni de nos essoufflements ! Paul Claudel disait : « Le saint prie avec son espérance, le pécheur avec son péché. » Nous sommes une communauté de saints et de pécheurs, qui cheminons et prions avec notre espérance et notre péché ; un champ doré de juillet qui produit à la fois l’épi fécond et le chiendent stérile. Et c’est ce que Jésus appelle le Royaume.

Bel été à toutes et tous, dans l’attente de la Moisson !                

Marie-Hélène D.

LA PURETÉ DU CŒUR,

selon Saint François

Le texte que je vous livre aujourd’hui n’est pas de moi, mais de bien plus grand que moi : Eloi Leclerc, frère franciscain et auteur de plusieurs livres sur Saint François d’Assise.

Frère François cheminait dans les bois avec Frère Léon. Ils avaient l’habitude tous les deux de ces marches silencieuses dans la grande nature. Ils dévalèrent bientôt les pentes d’un ravin au fond duquel grondait un torrent. L’endroit était retiré, d’une beauté sauvage et pure. L’eau bondissait sur les rochers, toute blanche et exaltante, avec de brefs éclats d’azur. Il s’en répandait une grande fraîcheur, qui pénétrait les sous-bois avoisinants. Quelques genévriers avaient poussé ça et là entre les rochers, et surplombaient le bouillonnement de l’eau.

« Notre sœur l’eau ! » s’exclama François en s’approchent du torrent. « Ta pureté chante l’innocence de Dieu. » Léon, qui l’attendait debout sur l’autre rive, regardait l’eau limpide couler avec rapidité sur le sable doré, entre les masses grises des rochers. Lorsque François l’eut rejoint, il vit que Léon restait dans son attitude contemplative. Il semblait ne pouvoir se détacher de ce spectacle. François le regarda et il vit de la tristesse sur son visage. « Tu as l’air songeur », lui dit simplement François. « Ah ! Si nous pouvions avoir un peu de cette pureté » répondit Léon, « nous connaîtrions, nous aussi, la joie folle de notre sœur l’eau et son élan irrésistible ! » Il passait dans ces paroles une profonde nostalgie. […]

Après un moment de silence, François demanda à Léon : « Sais-tu, frère, ce qu’est la pureté du cœur ? » « C’est de ne pas avoir de faute à se reprocher. », répondit Léon sans hésiter. « Alors, je comprends ta tristesse » dit François « car on a toujours quelque chose à se reprocher. » « Oui » dit Léon « et cela précisément me fait désespérer d’arriver un jour à la pureté du cœur. » « Ah ! Frère Léon, crois-moi, repartit François, ne te préoccupe pas tant de la pureté de ton âme. Tourne ton regard vers Dieu. Admire-le. Réjouis-toi de ce qu’il est, lui, toute sainteté. Rends-lui grâces à cause de lui-même. C’est cela même, petit frère, avoir le cœur pur. Et quand tu es ainsi tourné vers Dieu, ne fais surtout aucun retour sur toi-même. Ne te demande pas où tu en es avec Dieu. La tristesse de ne pas être parfait est encore un sentiment humain, trop humain. Il faut élever son regard plus haut, beaucoup plus haut. Il y a Dieu, l’immensité de Dieu et son inaltérable splendeur. Le cœur pur est celui qui ne cesse d’adorer le Seigneur, vivant et vrai. Il prend un intérêt profond à la vie même de Dieu et il est capable, au milieu de toutes ses misères, de vibrer à l’éternelle innocence et à l’éternelle joie de Dieu. Un tel cœur est à la fois dépouillé et comblé. Il lui suffit que Dieu soit Dieu. En cela même il trouve toute sa paix. Et Dieu lui-même est alors toute sa sainteté. »

Extrait du très beau livre d’Éloi Leclerc, frère franciscain, « Sagesse d’un pauvre » (1959)

Marie

 Babel ou Jérusalem ?

La tonalité est donnée dès le § 99 avec ces mots : »Les prétendues intelligences artificielles ne vivent pas d’expérience, ne possèdent pas de corps, ne connaissent ni la joie ni la douleur, ne mûrissent pas dans la relation, ne savent pas de l’intérieur ce que signifient l’amour, le travail, l’amitié, la responsabilité« . Dans sa lettre encyclique sur la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle, Léon XIV annonce la couleur d’emblée en rappelant cette réalité presque élémentaire mais aussi bien nécessaire ! Magnifica Humanitas est, de fait, bien plus qu’une encyclique. C’est un écrit prophétique ! D’une richesse extraordinaire avec une portée universelle, impossible à résumer dans une feuille d’informations paroissiale ! Un grand texte qui nous avertit et nous alerte. Il faut prendre le temps de le lire, le relire, l’approfondir, le méditer, le ruminer, un peu à la manière d’une lectio divina… L’Esprit-Saint, en choisissant le Cardinal Robert Prevost comme pape, ne s’est pas trompé. Il nous a donné celui qu’il nous fallait aujourd’hui. Et ce n’est pas fini ! Ce pape va continuer de nous étonner. C’est tout de même, rappelons-le, un fils spirituel de Saint Augustin, l’immense Père de l’Eglise latine !

200 pages, 245 paragraphes, faciles d’accès, sans jargon ecclésial, et d’une profondeur inouïe, cette encyclique va donc bien au-delà du monde catholique. Elle est une très remarquable contribution religieuse, éthique et philosophique de ce début de troisième millénaire. Je ne vais pas faire ici le tour de cet écrit. Je ne peux, hélas, que me limiter simplement à vous partager ce qui me semble être le cœur de cette encyclique, à savoir le choix entre la Tour de Babel et la Jérusalem de Néhémie, comme un paradigme de l’époque que nous vivons. Avec profit et grand intérêt, vous lirez les cinq chapitres de cette encyclique qui traitent de la doctrine sociale de l’Eglise, de la grandeur de l’homme face aux promesses de l’IA (intelligence artificielle), de la préservation de sa vérité, de sa dignité et de sa liberté, et enfin de la civilisation de l’amour à l’ère numérique. La conclusion, avec le Magnificat, comme chant de l’espérance, est superbe !

Oui, ou bien nous érigeons une nouvelle Tour de Babel avec orgueil, en excluant Dieu et en déshumanisant l’homme, avec une IA qui passe de l’outil à l’arme, le pape parlant d’ailleurs, à juste titre, de désarmer l’IA; ou bien nous reconstruisons les murailles de Jérusalem, comme le gouverneur de Judée Néhémie en 444 avant Jésus-Christ,  pour en faire une nouvelle Jérusalem de solidarité, de respect de l’homme et d’espérance.

Autrement dit, ou bien nous continuons dans l’ornière qui va vers la fin de l’humain, où l’homme deviendrait obsolète, comme l’écrit Bruno Patino, journaliste et essayiste, (que Léon XIV ne cite pas), ou bien nous choisissons le chemin difficile mais salutaire d’une sortie de crise écologique, numérique et politique et nous vivrons en hommes libres et fraternels dans une « civilisation de l’amour » invoquée par Paul VI . Dans le § 232, Léon XIV écrit : »Ce qui sauve l’homme, c’est l’amour divin qui descend jusqu’au point le plus fragile de son histoire et la régénère au plus profond« . Magnifica Humanitas est un cri d’amour du pape pour la dignité inaltérable de l’homme créé « à l’image et à la ressemblance de Dieu »…

Permettez-moi pour conclure cette trop brève chronique de faire référence au § 121 de l’encyclique, où le pape cite Viktor Frankl, neuropsychiatre juif autrichien (1905-1997) : « L’homme est l’être qui a inventé les chambres à gaz d’Auschwitz ; mais il est aussi celui qui y est entré debout, le Notre Père ou le Shema Israël aux lèvres« . Ces mots empreints d’une tragique vérité retentissent si fortement en moi… La plus grande prière chrétienne que Jésus nous a donnée, associée à la prière juive par excellence que chaque juif récite le matin et le soir : « Ecoute Israël, l’Eternel est notre Dieu, l’Eternel est UN…« , nous rappelle explicitement que le christianisme est né dans le judaïsme et que le Christ était un juif galiléen pratiquant, qui n’est pas venu abolir mais accomplir la Loi de Moïse consignée dans la Torah et reçue de Dieu sur le Mont Sinaï…

Edmond Sirvente

Page 2 of 17

Propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén