Catégorie : REGARD DE L’AUTRE Page 2 of 12

Brève de Mission…

Raphaëlle est une habituée des missions de rue. Elle s’est inscrite au Congrès Mission qui regroupe des milliers de chrétiens venus de toute la France dans l’immense salle de l’Accor Arena, à Paris. Arrivée un peu en avance, elle s’installe en face, au Bercy café, pour attendre son ami prêtre. Très motivée, de l’énergie à revendre en ce matin de novembre, elle a bien l’intention de commencer sa mission d’évangélisation en force. Et pourquoi pas dès maintenant ?

Elle interpelle le serveur :

  • Vous savez ce qu’il y a en face, ce week-end ?
  • Heu… Un concert ? Lady Gaga ?… répond le serveur, pressé.
  • Non, un grand rassemblement de chrétiens ! Vous croyez en Dieu, vous ?
  • Écoutez, madame, je suis athée et je n’ai aucune envie d’en parler répond le serveur, un brin énervé.  Qu’est-ce que vous buvez ?

Raphaëlle, déconfite, commande un café et se dit qu’elle a vraiment manqué de subtilité en y allant avec ses gros sabots. Sa journée de mission ne commence pas très bien… Arrive son ami prêtre, à qui elle confie ses déboires. Le connaissant, elle le met en garde et l’invite à y aller mollo avec le serveur, qui l’a renvoyée dans ses cordes. Quand celui-ci apporte la commande de Raphaëlle, le prêtre l’interpelle aussitôt :

  • Alors, il paraît que vous êtes athée ?
  • Le serveur interloqué bredouille : Oui, en effet, je ne crois pas en Dieu.
  • Ce n’est pas grave, continue le prêtre, c’est parce que vous ne Le connaissez pas. Lui, Il vous connaît, et Il vous aime.
  • Oh, c’est trop sympa, merci, mon Père ! s’exclame le serveur, qui a retrouvé d’un coup son sourire. Ils échangent alors une chaleureuse poignée de main sous les yeux éberlués de Raphaëlle.

Marion et Yves

Désert  du  cœur

Du fond de mon lit d’hôpital, j’ai crié ton Nom, je t’ai supplié, je t’ai prié. Jamais tu n’es venu à mon secours. Tu n’avais que le silence comme réponse. Le silence de l’absence. J’étais réduit à ma douleur.

J’ai vécu ces derniers mois ce que l’on appelle une nuit de la foi. C’est une expérience spirituelle aride de l’éloignement de Dieu. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Alors, avec la force du désespéré, pour ne pas me noyer, j’ai pris ma vieille Bible de Jérusalem usée  que j’avais apportée. D’abord, le livre de Job , le Juste souffrant, et bien sûr, le livre des tehilim (les psaumes en hébreu). Surtout le psaume 22 (21 dans la numérotation chrétienne) que j’ai lu et relu, presque récité, en pleurant : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Pourquoi cette souffrance ? Pour essayer d’éclairer ma nuit, j’ai convoqué tous ceux et celles qui ont traversé cette douloureuse expérience. Les trois grands saints du Carmel, d’abord. Jean de la Croix et sa « Nuit obscure« , Térèse d’Avila qui, à l’âge de sept ans, avait dit à son frère : « Je veux voir Dieu, mais pour voir Dieu, il faut mourir » (ce fut le tourment de sa vie « Je meurs de pas mourir »), et enfin, notre petite Thérèse bien aimée, Thérèse de Lisieux qui dans les derniers mois de sa courte vie a connu « la nuit noire », « la nuit du néant ». Et puis une autre Thérèse, Mère Teresa de  Calcutta, qui a sans doute connu la plus longue nuit de la foi de l’histoire, pendant cinquante ans de sa vie. « Je serai la sainte des ténèbres » avait-elle dit, peu avant sa mort. Et puis encore, Benoît de Nursie, Ignace de Loyola, François de Sales, Elisabeth de la Trinité, Edith Stein qui a connu la nuit de l’incroyance, Simone Weil, la philosophe, qui a écrit « Mon Dieu, aidez-moi à devenir rien », et puis enfin Etty Hillesum qui disait: «  Je vais t’aider, mon Dieu, à ne pas s’éteindre en moi ». Et enfin, j’ai pensé chaque jour à ma mère, bénie soit-elle, qui m’a soutenu à bout de bras, dans la Communion des Saints. Dans ce Sahara du cœur, cette Shoah intérieure, je sentais le travail de Dieu au fond de moi, profond comme une opération chirurgicale. La nuit de la foi n’est pas un manque de foi, c’est une amère expérience mystique. Mais c’est sans doute aussi et surtout une grâce accordée par Dieu dans sa gratuité et sa miséricorde.

Je suis sorti aujourd’hui de cette nuit, mais transformé, converti à une foi dépouillée, épurée, purifiée, guéri de mes doutes et mes peurs. Un fils de pasteur, au 19e siècle, Friedrich Nietzsche, l’avait bien compris : « Ce qui ne me tue pas, me rend plus fort ». J’ai coudoyé la mort, mais toujours la vie vainquait. Je l’ai vue de près, cette mort,  avec son masque de perdante, elle n’est rien, elle n’est que le passage obligé vers bien plus grand qu’elle, la Vie et l’Amour éternels. Ma nuit a pris les couleurs de l’aurore, comme un matin pour Dieu. Chaque jour pour Dieu sur le chemin du reste de ma vie avec mon bâton de pèlerin (actuellement au sens propre du mot !)

Je crois au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob dans son Alliance avec l’homme, jusque dans sa chair. Alliance accomplie dans la Résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ.

Edmond Sirvente

LA PLUIE

J’avais un ami hindouiste qui avait l’habitude de dire quand il pleuvait : “ Il pleut, les dieux sont contents ”. C’est une petite phrase qui m’est restée dans la tête. Depuis, à chaque fois qu’il pleut, je vois venir toutes ces gouttes avec bienveillance. Pourquoi grimacer lorsque l’eau du ciel vous atteint ?

Il y avait cette vidéo d’une toute petite fille, presque un bébé. Elle sortait dehors, les pas mal assurés, et rencontrait… la pluie. Pour la première fois de sa vie. Elle avait un sourire incroyable. Et elle ne pouvait pas s’arrêter de rire, le rire le plus émerveillé et surpris qu’on puisse imaginer. Elle tendait la main, se laissait caresser par les gouttes… Elle en dansait de joie.

Le monde naturel bouge. Il bouge sans cesse. Mais de manière très, très lente. La croissance des plantes, le passage des nuages, la caresse du vent, le mouvement des étoiles, tout cela reste solennel, souterrain, presque invisible. L’eau, elle, incarne la vie visible, en abondance, le mouvement, la fluidité, l’écoulement, la circulation vivante de Dieu dans le monde. Digestion infinie de la mer, grelottis d’un torrent, jet d’eau fraîche sortie du robinet… Et la pluie. L’immense voûte mystérieuse au-dessus de nous, voilà qu’elle s’ouvre, et qu’elle lâche des myriades de perles. Toutes parallèles, toutes uniques, toutes différentes.

Image de la verticalité, la pluie peut également devenir image de l’horizontalité. C’est une marque d’égalité absolue : il pleut sur le bon comme sur le méchant. C’est l’image des grâces de Dieu qui sont égales pour tous, et bonnes pour tous. C’est un rappel de la générosité et de la fécondité divines : “ comme la pluie et la neige descendent des cieux, et n’y retournent pas sans avoir arrosé, fécondé la terre, et fait germer les plantes, sans avoir donné de la semence au semeur et du pain à celui qui mange, / Ainsi en est-il de ma parole, qui sort de ma bouche : elle ne retourne point à moi sans effet, sans avoir exécuté ma volonté et accompli mes desseins.” (Isaïe 55, 10-11).

En ces temps d’automne pluvieux, il faudrait pouvoir accueillir la pluie comme une bénédiction. Matérielle tout d’abord : sans elle pas de vie. Mais aussi spirituelle : un renouvellement des promesses de notre baptême. L’eau qui coule rappelle celle, sacramentelle, par lequel le Christ a été baptisé. Quand on est pris sous la pluie, quand on est arrosé de centaines de petites gouttes, plutôt que de rouspéter, il faudrait pouvoir penser que le Ciel s’ouvre, la colombe de l’Esprit Saint descende sur nous, et qu’une voix dise : “ Voici mon fils bien-aimé! ” (Matthieu 11, 17).

Et quand il pleut, nous pouvons prendre un moment, et nous écrier dans la joie, à la suite de Saint-François dans son Cantique des Créatures :

Loué sois-tu, mon Seigneur,
pour sœur Eau
qui est très utile et très humble
précieuse et chaste.”

Ludovic K.

« Le pays que je te ferai voir »

Chaque mois, catéchumènes et néophytes (les baptisés de Pâques) se retrouvent, avec leurs accompagnateurs-trices, autour d’un passage de l’Ancien ou du Nouveau Testament. Dernièrement, il s’agissait d’Abraham, quittant sa famille et sa maison pour obéir à une mystérieuse injonction, assortie d’une inimaginable promesse de fécondité. Et sa situation ressemble beaucoup à celle de ces adultes qui demandent le baptême. Comme Abraham, ils ne connaissent pas encore vraiment le Dieu qui les appelle vers ce pays qu’Il leur fera voir. Comme Abraham, ils n’ont encore aucune idée précise de leur destination. « Abraham partit sans savoir où il allait », dit la lettre aux Hébreux. Un des néophytes nous confiait dernièrement s’être mis en chemin poussé par un vague « pourquoi pas ? », et que, peu à peu, ce Désir avait pris un Visage, celui du Christ.

Lors de notre partage, une question s’est posée : « Quel est donc ce pays que Dieu va donner à Abraham ? » Face à cette interrogation, nous sommes à égalité, catéchumènes et « vieux » baptisés. Or, ce soir-là, une réponse a fusé de la bouche d’une « débutante » : « la Vie éternelle ! » Belle intuition ! Car c’est la foi qui a mis Abraham en route. Et le jour de leur entrée en catéchuménat – événement dont notre communauté est témoin plusieurs fois dans l’année – on interroge celles et ceux qui se présentent à notre porte : « Que demandez-vous à l’Église de Dieu ? » « La foi. » «Que vous apporte la foi ? » « La Vie éternelle. »

Par ailleurs, dans le texte biblique, le pays que Dieu promet à Abraham n’a pas de frontières établies : « Regarde au Nord, au Sud, à l’Est et à l’Ouest. Tout cela, je te le donne. » Or, notre père dans la foi ne possèdera jamais aucun territoire, au point qu’il devra acheter un domaine pour donner une sépulture à sa femme Sara. La Terre promise par Dieu à ceux qui se mettent en route sur son instigation – autrement dit tous les croyants, quel que soit leur parcours – ne serait-ce pas ce lieu intime où chacun d’entre nous se tient en vérité, la « terre » de notre relation avec Lui ?

Lors de ces rencontres, nous avançons ainsi ensemble, demandeurs de baptême ou baptisés de longue date. Il n’y a ni apprentis ni confirmés dans la foi, rien que des « écoutants » de la Parole adressée à tous et à chacun : « Pars ! Quitte tes habitudes et tes sécurités ! Et va vers le pays que je te ferai voir. » C’est bien nous, communauté de Saint Jean-Baptiste de Belleville, qui allons, appelés comme Abraham par ce Dieu qui nous dit : « Marche avec moi dans la confiance. Un espace immense s’ouvrira à toi. Et ta vie sera fécondité. »

Marie-Hélène D.

Genèse 12n 1-5
Hébreux 11,

Dieu, ce farceur

Depuis quelques années, nous passons la période du 15 août en Vendée chez une chère amie avec qui nous partageons des rires et notre foi.

J’ai été fortement interpellée cette année par l’exhortation de l’Union Internationale des Supérieures Générales (UISG) pour vivre le 14 août une journée de jeûne et de prière pour la Paix. Je ne suis pas une grande coutumière du jeûne. Mais l’appel de ces femmes consacrées œuvrant chaque jour aux périphéries du monde a résonné : j’ai proposé à ma famille et amie de porter le jeûne pour nous tous et de jalonner ensemble notre journée de prières. Et c’est ce que nous avons fait. Je n’ai pas eu faim ce jour-là. Comme j’ai beaucoup marché, j’ai ressenti un peu de fatigue que j’ai offerte en pensant à celles et ceux qui doivent parcourir des kilomètres à pied pour quelques miettes de pain.

Je souhaitais ponctuer cette journée spéciale par une messe. Arrivée à l’église, une assemblée dense et inhabituelle était présente. Très vite, nous nous voyons remettre un flambeau entre les mains : point de messe ce soir, c’est le départ d’une procession à la Vierge – ce qui n’était pas prévu à mon programme ! Je jette un coup d’œil plus précis à l’assemblée : des chasubles, des costumes et drapeaux vendéens, des familles aux enfants très nombreux et trop bien coiffés.

Belleville me semble à des années-lumière et cette phrase me traverse l’esprit : « Je ne veux pas que l’on me voit avec ces gens-là. » La réponse du Seigneur ne tarde pas à fuser : « Ces gens-là comme tu le dis sont aussi tes frères et sœurs. » D’accord Seigneur. C’est donc ici que tu m’attendais. J’ai donc marché encore, cette fois en procession, au milieu de chants en latin que j’ignorais et de frères et sœurs que j’ignorais aussi.

Et ce fut, si ce n’est agréable, une vraie interpellation spirituelle. Merci Seigneur de m’avoir indiqué, avec un humour qui est bien le tien, le chemin de jeûne qui devait être le mien : celui ô combien difficile de mes préjugés.

Aline

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