Il y a quelques mois, j’ai posé une nouvelle icône dans mon « coin prière ». De la même inspiration que celle que l’on peut voir au mur de la salle Sainte Bernadette, rue de Palestine, elle représente un Christ vu à mi-corps, un Christ glorieux, un Christ d’après la résurrection. Le visage est grave, l’expression presque sévère, le regard comme tourné vers l’intérieur. La position des mains, en dépit d’une anatomie approximative, est riche de signification. La gauche se referme sur un gros livre – les Écritures – ; la droite, aux doigts très longs, est levée devant la poitrine. L’auriculaire et l’annulaire s’appuient sur le pouce tandis que l’index et le majeur se dressent dans une position improbable. Le geste évoque pour moi à la fois une bénédiction, une absolution et un enseignement. Du moins est-ce l’impression qu’il me donne à force de le contempler. Et je constate que cette contemplation m’est d’une grande aide pour l’oraison. Elle m’évite – en partie du moins – ces « paresses de la pensée » que sont les inévitables distractions. Il m’est tellement plus confortable de laisser couler le temps imparti à la prière dans des digressions agréablement terre à terre, plutôt que d’y demeurer en conscience – et souvent dans l’ennui et l’aridité ! Alors, je regarde cette face de Christ, qui ne me regarde pas – car Lui, ce vers quoi il est tendu, c’est certainement l’amour, la sagesse et la splendeur du Père. Mais sa main levée sur quiconque tourne les yeux vers lui – et donc sur moi – m’encourage à implorer : « Montre-moi ce que Tu vois ! Maintenant, demain ou à ma dernière heure, peu importe ! Mais montre-moi ! » D’ailleurs, même s’il s’est fait affectueusement rabrouer, je trouve que Philippe, en son temps, à  a eu bien raison d’oser ce si spontané « Maître, montre-nous le Père ! » Et je me sens tout à fait en droit de formuler à mon tour cette requête, car, à en croire saint Basile : « Ce que la Parole de l’Évangile communique par l’ouïe, l’icône le montre silencieusement par les yeux. » Il est donc bien question de montrer ! Cela rejoint la belle prière de l’iconographe que j’ai découverte sur Internet : « Toi, Maître divin de tout ce qui existe, éclaire et dirige l’âme, le cœur et l’esprit de ton serviteur, (…) afin qu’il puisse représenter dignement et parfaitement Ton image. »

« L’écriture » d’une icône – car on ne dit pas « peinture » – est un travail de prière, de silence et de solitude au service de la transcendance. Prière, silence, solitude : la contemplation est de la même nature.

Dorénavant, devant ce Christ à la main levée, j’aime conclure mon oraison par cette demande : « Bénis-moi, pardonne-moi, enseigne-moi. Amen. »

Marie-Hélène D.