Tel est le titre de la série de six épisodes, d’une heure environ chacun, consacrés à Etty Hillesum par le scénariste et réalisateur Hagai Levi. C’est une adaptation libre de la vie de cette jeune femme juive, néerlandaise, qui tient un journal intime de 1941 à 1943. J’ai regardé tous les épisodes, parfois agacée par des longueurs, des lenteurs et les gros coups de projecteurs sur les relations amoureuses de l’héroïne. La presse est très élogieuse, voire dithyrambique. N’étant, moi-même, ni critique d’art ni cinéphile avertie, cela ne m’a pas convaincue.

    C’est en 1988 que j’ai découvert Etty Hillesum grâce à la comédienne Anne Marbeau qui interprétait, au théâtre du Marais, seule en scène, des extraits du Journal d’Etty connu sous le nom d’Une vie bouleversée. J’ai été séduite par cette personnalité construite au fil de la guerre, intelligente, lucide, déterminée, parfois en proie à des doutes et à des inquiétudes. Je souhaitais faire une lecture « brut » des textes qui ne soit pas brouillée par les sons et les images du film. La qualité littéraire est indéniable et plus qu’appréciable. Il y a aussi les Lettres de Westerbork envoyées à ses amis. Westerbork était le camp de transit entre les Pays-Bas et les camps de la mort.

     Etty était une « chercheuse de Dieu ». Elle finit par éprouver dans sa vie même la certitude de l’existence de « Dieu ». Le sentiment religieux d’Etty n’est pas conventionnel. Elle n’appartenait à aucune communauté, ni à la synagogue, ni à aucune Église. Elle vivait sa foi selon son propre rythme.

     Des parallèles évidents ont été faits entre l’itinéraire spirituel d’Edith Stein et celui d’Etty Hillesum. Il se pourrait bien que ces deux femmes se soient croisées. Dans les écrits d’Etty se trouvent ces quelques mots : « [Rencontré aussi] deux religieuses, appartenant à une famille juive très orthodoxe, riche et très cultivée de Breslau, avec l’étoile jaune cousue sur leur habit monastique. On s’accorde à penser qu’il pourrait s’agir de Sr Thérèse-Bénédicte de la Croix, i.e. Edith Stein et de sa sœur Rosa.

     Marguerite Léna, Xavière, a publié un très bel article dans la revue Études, n°401, juillet 2004, sous le titre : La trace d’une rencontre. Edith Stein et Etty Hillesum. J’en ai extrait ce qui me semble le résumé d’une analyse pertinente : « A la logique de mensonge et de mort du nazisme dont elles seront victimes, Edith et Etty n’opposent ni l’argumentation, ni la résistance armée, mais une attestation ; la défense des réalités que le nazisme attaquait de plein fouet – la vérité et la vie – Attestation d’un indéfectible amour de la vérité pour Edith, et pour Etty, celle d’un non moins indéfectible amour de la vie. »

Toutes deux sont assassinées à Auschwitz. Edith meurt le 9 août 1942. Elle avait 50 ans.  Etty le 30 novembre 1943. Elle en avait 29

Brigitte