Catégorie : 2026-2027

Parcours redécouverte Novembre Décembre 2026

Rien n’est impossible à Dieu

Dans ma déjà longue vie, après ma mère, bénie soit-elle, qui reste pour toujours l’être le plus important de ma vie, j’ai eu la chance d’avoir rencontré des hommes et des femmes remarquables. Entre autres, des professeurs d’école et d’université, des politiques, des écrivains, des journalistes, des artistes, des prêtres, des pasteurs, des évêques et archevêques, une mère supérieure de couvent et des pères abbés de monastères, des rabbins et grands-rabbins, des talmudistes, un imam, un moine bouddhiste, etc… Certains, de grande notoriété, comme le Frère Roger, fondateur de Taizé, ou le Grand-rabbin de France René- Samuel irat (premier Grand-rabbin de France d’origine sépharade).

Mais, c’est un cardinal qui m’aura le plus marqué de manière profonde et indélébile. Un cardinal atypique, qui aurait pu devenir pape. Un cardinal juif. Vous avez deviné ? Il s’agit, bien sûr, du Cardinal Aron Jean-Marie Lustiger ! A l’occasion du centenaire de sa naissance (il est né le 17 septembre 1926 à Paris) , je souhaite vous partager, comme on le fait en famille, quelques souvenirs que j’ai de lui.

C’était un homme d’une intelligence rare. D’une expression libre et courageuse. Il ne s’embarrassait pas de circonlocutions, il allait droit au but, au risque quelquefois de vous déconcerter. Il savait aussi écouter. Les rencontres que j’ai eues avec lui étaient toujours empreintes d’une certaine profondeur, et de légèreté aussi. Il avait de l’humour, toujours bienveillant. Sans doute ses origines m’avaient-elles naturellement rapprochées de lui ! Nos rencontres, trop rares, selon moi, se terminaient toujours par un chaleureux « Chalom » et « Priez pour moi« . A l’occasion de sorties de messes, et surtout à Notre-Dame de Paris, d’une conférence, d’une inauguration… Et, bien sûr, lors de ses visites pastorales à Saint Jean-Baptiste de Belleville !

C’était une relation simple et informelle. L’entendre me dire, dans nos échanges, de sa voix rauque et enrouée, cette célèbre parole de Saint Luc « rien n’est impossible à Dieu » qu’il avait pleinement adoptée, au point que beaucoup pensent qu’elle est de lui, constituait, pour moi, à elle seule, un moment exceptionnel.

Je lui avais dit un jour : « Vous êtes un prophète ! », ce à quoi il m’avait aussitôt répondu : »Non, peut-être tout au plus un visionnaire ». Depuis 2013, six ans après sa mort, un mémorial lui est dédié, dans les jardins de l’abbaye bénédictine d’Abou Gosh, près de Jérusalem. Lorsque j’ai l’occasion de m’y rendre, je m’y recueille et je prie, en communion avec lui, pour la paix en Israël, sur la terre de Dieu.

Pour finir, une photo-souvenir émouvante et remplie de nostalgie, gravée dans ma mémoire et dans mon cœur, et prise au 8, rue de Palestine avec Marie-Line, ma femme, aujourd’hui atteinte d’une maladie incurable : il est au milieu de nous deux et nous serre dans ses bras…

Dans ce monde inquiet et inquiétant, où s’installe un antisémitisme de plus en plus banalisé, depuis le pogrom du 7 octobre 2023, le courage et l’autorité de sa parole nous manquent tellement…

Edmond Sirvente

L’ADORATION

L’hostie exposée sur l’autel, c’est quelque chose, quand même!

C’est un objet circulaire, grisâtre. Comme il n’y a pas d’aspérité, c’est plat et profond à la fois. On dirait un miroir – un miroir opaque. Parfois, cela ressemble à un œuf, parfaitement sphérique. Ou à un globe terrestre – la carte du Ciel, peut-être. Quand on s’approche, on ressent sa puissance. C’est une sorte de rayonnement intense, intensif. On a l’impression qu’on peut passer les mains à travers, et les faire pénétrer dans une autre dimension. L’hostie est à la fois pain, soleil, rayonnement, et sas. Pendant ce temps qui est offert, on peut rester les yeux profondément fermés, ou on peut fixer l’hostie dans sa châsse, ce drôle de hublot taillé dans la trame même de la réalité. Oui, c’est comme une ouverture : une déchirure dans le monde matériel, une fenêtre sur le monde vécu de Dieu.

Au début, on se dit forcément : « Hou là là, ça va vraiment être long une demi-heure d’Adoration ». On renâcle. Et quand les 30 minutes sont écoulées, on se dit : « déjà ? ». Au bout d’un moment, les pensées qui rugissent sans cesse se calment. On s’aperçoit qu’on vit un morceau de présent pur, suspendu.

Rien n’empêche d’ailleurs de s’endormir. A ce qu’il paraît, lors de ces temps d’Adoration, on m’entend souvent ronfler ! Là, la conscience cède, et l’Esprit Saint en profite pour travailler en profondeur. C’est pour moi la grande méditation chrétienne. Là où dans la méditation bouddhiste on reste seul dans une lente pénétration au cœur de soi-même et on touche du doigt le cosmos impersonnel, jusqu’à s’y noyer quasiment, ici on vit une rencontre : il s’agit avant tout de se tenir en présence de Jésus, en chair et en pain. De lui parler. D’être heureux d’être avec lui. Ce serait un peu comme passer une veillée devant un feu de camp, avec le Christ, dans le désert de Galilée, sous les étoiles, dans le silence et le souffle.

Une fois, il y a quelques années, à l’Église Saint Leu Saint Gilles de Paris, alors que je me calais sur ma chaise pour me préparer à une heure d’Adoration que je n’avais pas forcément envie de faire, j’ai ressenti un commandement impérieux, comme une phrase murmurée à mon oreille : « Il ne faut pas bouger. » Le rayonnement de l’hostie s’est intensifié jusqu’à devenir une sorte de faisceau de lampe torche dirigé sur mon cœur. Un à un, le faisceau a pointé tous les endroits de mon être qui étaient gelés – les endroits en souffrance, les endroits congelés, blessés, stérilisés, vitrifiés. Il me les a désignés – et réchauffés. Il y avait comme la chirurgie divine à l’œuvre – qui identifie, éclaire et répare. Redresse. La conséquence en a été une période de quelques jours que l’on pourrait qualifier de « marqués par la Grâce » – un calme étonnant, une ouverture émerveillée au Monde et à sa beauté.

Ainsi, n’hésitez pas à vous faire bronzer l’âme au soleil de l’Adoration. De grandes choses peuvent arriver.

Ludovic K.

Un chemin, pas une autoroute

Tandis que la période estivale approchait de sa fin – ce temps où beaucoup d’entre nous vivons des déplacements de toutes sortes : balades à pieds ou à vélo, TGV fuyant le long des rails, voitures en files sur l’asphalte –, j’ai été interpellée par une chronique parue dans La Croix  où l’auteure, Céline Rohmer, théologienne et pasteure, écrivait : « … je préfère les chemins. Celui dont je me réclame a eu l’étrange idée de dire : « Je suis le chemin. » Pas la route. Encore moins l’autoroute. Un chemin oblige à ralentir, à marcher au pas de l’autre, à consentir au détour. C’est en chemin qu’on fait des rencontres. »

Un chemin, en effet, on y avance à son rythme. On a le droit d’y faire des pauses quand on est fatigué ou d’y courir soudain dans la hâte de découvrir un nouveau point de vue. Un chemin n’est jamais rectiligne, ses méandres sont sources de surprises. Un chemin est le contraire de la vitesse, il reste à l’écart du bruit, de la foule, de la performance. Toutes choses qui nous guettent à la reprise de nos activités habituelles : le bruit, la foule, la vitesse, et cette performance dont notre société fait trop souvent une obligation. C’était donc le bon moment pour que me soit rappelée cette phrase de Jésus – quelque peu énigmatique, reconnaissons-le : « Je suis le chemin. » Car, comment une personne peut-elle être un chemin et inversement ? Qui d’autre que Lui, Jésus, serait en droit de se définir ainsi : « Je suis le chemin, la vérité, la vie » ? Comme si ces trois mots, tout en se complétant, n’en formaient qu’un seul. Autrement dit, ce chemin offert est le vrai de la vie. En l’empruntant, on ne se trompe ni de direction ni de destination. Il s’inscrit dans la durée, dans le jour-après-jour de nos existences. Il n’est pas sans aspérités, sans brouillards à traverser, sans averses ni coups de vent – ou coups de soleil – à essuyer. Mais il intègre les nécessaires moments de repos, les haltes du soir et les redémarrages parfois un peu rouillés du matin. Et cette époque de l’année, qu’on appelle traditionnellement « la rentrée », est bien le moment de réentendre que, comme Jésus le dit à Thomas , pour aller là où Il va – et où Il veut nous conduire : vers le Père –, nous connaissons le chemin.

 Un chemin qui s’est inscrit dans la chair de notre humanité. Un chemin au rythme de nos pas, au tempo de nos vies. Pas une autoroute à 130 au compteur. Un humble mais exaltant chemin de marcheurs.

Marie-Hélène D

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