Dans ma déjà longue vie, après ma mère, bénie soit-elle, qui reste pour toujours l’être le plus important de ma vie, j’ai eu la chance d’avoir rencontré des hommes et des femmes remarquables. Entre autres, des professeurs d’école et d’université, des politiques, des écrivains, des journalistes, des artistes, des prêtres, des pasteurs, des évêques et archevêques, une mère supérieure de couvent et des pères abbés de monastères, des rabbins et grands-rabbins, des talmudistes, un imam, un moine bouddhiste, etc… Certains, de grande notoriété, comme le Frère Roger, fondateur de Taizé, ou le Grand-rabbin de France René- Samuel irat (premier Grand-rabbin de France d’origine sépharade).
Mais, c’est un cardinal qui m’aura le plus marqué de manière profonde et indélébile. Un cardinal atypique, qui aurait pu devenir pape. Un cardinal juif. Vous avez deviné ? Il s’agit, bien sûr, du Cardinal Aron Jean-Marie Lustiger ! A l’occasion du centenaire de sa naissance (il est né le 17 septembre 1926 à Paris) , je souhaite vous partager, comme on le fait en famille, quelques souvenirs que j’ai de lui.
C’était un homme d’une intelligence rare. D’une expression libre et courageuse. Il ne s’embarrassait pas de circonlocutions, il allait droit au but, au risque quelquefois de vous déconcerter. Il savait aussi écouter. Les rencontres que j’ai eues avec lui étaient toujours empreintes d’une certaine profondeur, et de légèreté aussi. Il avait de l’humour, toujours bienveillant. Sans doute ses origines m’avaient-elles naturellement rapprochées de lui ! Nos rencontres, trop rares, selon moi, se terminaient toujours par un chaleureux « Chalom » et « Priez pour moi« . A l’occasion de sorties de messes, et surtout à Notre-Dame de Paris, d’une conférence, d’une inauguration… Et, bien sûr, lors de ses visites pastorales à Saint Jean-Baptiste de Belleville !
C’était une relation simple et informelle. L’entendre me dire, dans nos échanges, de sa voix rauque et enrouée, cette célèbre parole de Saint Luc « rien n’est impossible à Dieu » qu’il avait pleinement adoptée, au point que beaucoup pensent qu’elle est de lui, constituait, pour moi, à elle seule, un moment exceptionnel.
Je lui avais dit un jour : « Vous êtes un prophète ! », ce à quoi il m’avait aussitôt répondu : »Non, peut-être tout au plus un visionnaire ». Depuis 2013, six ans après sa mort, un mémorial lui est dédié, dans les jardins de l’abbaye bénédictine d’Abou Gosh, près de Jérusalem. Lorsque j’ai l’occasion de m’y rendre, je m’y recueille et je prie, en communion avec lui, pour la paix en Israël, sur la terre de Dieu.
Pour finir, une photo-souvenir émouvante et remplie de nostalgie, gravée dans ma mémoire et dans mon cœur, et prise au 8, rue de Palestine avec Marie-Line, ma femme, aujourd’hui atteinte d’une maladie incurable : il est au milieu de nous deux et nous serre dans ses bras…
Dans ce monde inquiet et inquiétant, où s’installe un antisémitisme de plus en plus banalisé, depuis le pogrom du 7 octobre 2023, le courage et l’autorité de sa parole nous manquent tellement…
Edmond Sirvente