L’hostie exposée sur l’autel, c’est quelque chose, quand même!

C’est un objet circulaire, grisâtre. Comme il n’y a pas d’aspérité, c’est plat et profond à la fois. On dirait un miroir – un miroir opaque. Parfois, cela ressemble à un œuf, parfaitement sphérique. Ou à un globe terrestre – la carte du Ciel, peut-être. Quand on s’approche, on ressent sa puissance. C’est une sorte de rayonnement intense, intensif. On a l’impression qu’on peut passer les mains à travers, et les faire pénétrer dans une autre dimension. L’hostie est à la fois pain, soleil, rayonnement, et sas. Pendant ce temps qui est offert, on peut rester les yeux profondément fermés, ou on peut fixer l’hostie dans sa châsse, ce drôle de hublot taillé dans la trame même de la réalité. Oui, c’est comme une ouverture : une déchirure dans le monde matériel, une fenêtre sur le monde vécu de Dieu.

Au début, on se dit forcément : « Hou là , ça va vraiment être long une demi-heure d’Adoration ». On renâcle. Et quand les 30 minutes sont écoulées, on se dit : « déjà ? ». Au bout d’un moment, les pensées qui rugissent sans cesse se calment. On s’aperçoit qu’on vit un morceau de présent pur, suspendu.

Rien n’empêche d’ailleurs de s’endormir. A ce qu’il paraît, lors de ces temps d’Adoration, on m’entend souvent ronfler ! Là, la conscience cède, et l’Esprit Saint en profite pour travailler en profondeur. C’est pour moi la grande méditation chrétienne. Là où dans la méditation bouddhiste on reste seul dans une lente pénétration au cœur de soi-même et on touche du doigt le cosmos impersonnel, jusqu’à s’y noyer quasiment, ici on vit une rencontre : il s’agit avant tout de se tenir en présence de Jésus, en chair et en pain. De lui parler. D’être heureux d’être avec lui. Ce serait un peu comme passer une veillée devant un feu de camp, avec le Christ, dans le désert de Galilée, sous les étoiles, dans le silence et le souffle.

Une fois, il y a quelques années, à l’Église Saint Leu Saint Gilles de Paris, alors que je me calais sur ma chaise pour me préparer à une heure d’Adoration que je n’avais pas forcément envie de faire, j’ai ressenti un commandement impérieux, comme une phrase murmurée à mon oreille : « Il ne faut pas bouger. » Le rayonnement de l’hostie s’est intensifié jusqu’à devenir une sorte de faisceau de lampe torche dirigé sur mon cœur. Un à un, le faisceau a pointé tous les endroits de mon être qui étaient gelés – les endroits en souffrance, les endroits congelés, blessés, stérilisés, vitrifiés. Il me les a désignés – et réchauffés. Il y avait comme la chirurgie divine à l’œuvre – qui identifie, éclaire et répare. Redresse. La conséquence en a été une période de quelques jours que l’on pourrait qualifier de « marqués par la Grâce » – un calme étonnant, une ouverture émerveillée au Monde et à sa beauté.

Ainsi, n’hésitez pas à vous faire bronzer l’âme au soleil de l’Adoration. De grandes choses peuvent arriver.

Ludovic K.