Catégorie : REGARD DE L’AUTRE Page 1 of 12

Le contraire de s’entretuer

J’ai découvert il y a quelques temps ces vers de Jacques Prévert : « Je sais, un peu partout, tout le monde s’entretue, c’est pas gai,  mais d’autres s’entrevivent, j’irai les retrouver. »

Ils m’ont d’abord fait sourire, ces vers – c’est l’effet que me font le plus souvent les images de ce poète à l’humour si peu conformiste. Puis ils m’ont donné à penser.

Que les hommes s’entretuent, on nous le rappelle à longueur d’infos, et si le constat est accablant, il n’est hélas pas nouveau. On s’entretue depuis les origines du monde, depuis le meurtre biblique d’Abel par son frère Caïn. Mais, avant Jacques Prévert, il n’existait pas, à ma connaissance, de contraire au verbe « s’entretuer ». Il l’a inventé, il a bien fait.

« S’entrevivre » ! Quel beau programme ! Un programme conçu tout exprès, semble-t-il, pour nos communautés humaines, et sans conteste pour nos communautés chrétiennes. « S’entrevivre », autrement dit vivre avec les autres et pour les autres, parmi les autres et à l’écoute des autres, en partageant avec les autres ses biens, ses rêves et ses tourments, ses peurs, ses joies, ses doutes et ses questions. Et sa foi, cela va de soi. C’est un programme, somme toute, parfaitement évangélique que nous propose ce poète si peu orthodoxe !

Lorsque Jésus dit : « Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux vous aussi »¹,  ne nous invite-t-il pas à nous « entrevivre » ?

On ne s’entretue pas, d’ailleurs, qu’à coups de drones ou de kalachnikovs. Nous savons à quel point, dans notre société et jusque dans notre Église, on tue avec des mots, des gestes et – pire peut-être – avec du déni et du silence. Comme il est difficile, alors, de faire renaître « l’entrevivre » ! Mais sans aller aussi loin dans la violence et l’abjection, notre quotidien s’entache souvent – oh, rien de bien méchant, a-t-on envie de se rassurer – de petites piques malencontreuses, de mépris à peine déguisés, de menus agacements, d’innocentes indifférences… De ces broutilles qui ne tuent pas – encore que… – mais qui font mal. On entend alors Paul déclarer aux Corinthiens que « l’amour prend patience ; l’amour rend service ; (…) il ne s’emporte pas, il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est mal… » ²

Lui aussi, à sa manière, nous enseigne à bien nous « entrevivre ». Et ça, pour reprendre le vocabulaire de Prévert, c’est gai !

Rendons donc grâce aux poètes, qui savent mettre des mots inattendus pour dire l’état du monde et les multiples sentiments humains, les pires comme les meilleurs. Et tâchons de nous « entrevivre » patiemment, joyeusement, fraternellement.

Marie-Hélène D.

La Charta Oecumenica nous engage

Après la belle rencontre européenne de Taizé, et en ce début d’année marqué par les résolutions du Nouvel An, il est bon de se rappeler les engagements œcuméniques de nos Églises et de renouveler notre engagement personnel et communautaire pour l’unité des chrétiens.

La Conférence des Églises européennes et le Conseil des Conférences épiscopales d’Europe ont lancé la Charta Oecumenica actualisée le 5 novembre 2025 à Rome Cette charte renouvelle l’engagement des Églises européennes à marcher ensemble dans le dialogue, la reconnaissance mutuelle et le témoignage commun en réponse aux défis de notre temps Elle aborde notamment la recherche de la paix et de la réconciliation, l’accueil des migrants et des réfugiés, l’appel urgent à la sauvegarde de la création et l’approfondissement des relations avec les communautés juives et musulmanes.

Je retiens trois engagements en particulier D’abord, celui de « nous réunir pour prier les unes et les uns avec les autres, pour les uns les autres et pour l’unité chrétienne » Par cette prière partagée, nous exprimons notre attention et notre fraternité envers nos soeurs et frères chrétiens La Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, du 18 au 25 janvier en sera une belle occasion.

Ensuite, pour progresser sur le chemin de la réconciliation entre chrétiens, nous nous engageons à « surmonter, dans chaque Église, la tentation de l’autosuffisance, de l’isolement, de l’indifférence ou des préjugés » Pensons par exemple à des stéréotypes comme « les protestants n’ont pas la présence réelle » ou « les catholiques adorent la Vierge Marie » Dépasser ces idées reçues suppose de prendre le temps de mieux se connaître.

Enfin, je souligne une avancée importante depuis la première version de cette charte, publiée en 2001 Le texte reconnaît « Nous confessons que nos Églises ont commis des péchés scandaleux au lieu de porter témoignage elles ont permis et provoqué de graves préjudices Un élément essentiel de notre témoignage consiste à oeuvrer au soin des blessures infligées aux membres vulnérables de nos Églises » La reconnaissance de ces manquements et de ces crimes ainsi que le soutien aux personnes victimes de violences sexuelles et de maltraitances au sein des Églises, exigent de construire ensemble une culture de vérité, de justice, de protection et de paix

Vous trouvez la traduction française de la Charta Oecumenica sur le site de la Fédération protestante de France .

« Jésus Christ, Seigneur de l’Église une, est notre plus grande espérance de réconciliation et de paix En son nom, nous nous engageons à poursuivre notre chemin en Europe ensemble » Amen

Katherine Shirk Lucas

Avec le Seigneur, briser la solitude

La solitude peut survenir à tout âge et dans toutes les catégories sociales. Et quand elle s’ajoute à la pauvreté et à la dépression, elle peut en précipiter plus d’un dans la précarité, la déchéance, la rue. Il y a une quinzaine d’années, la solitude a été déclarée ‘‘Grande Cause Nationale’’ en France. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a beaucoup à faire pour lutter contre ce fléau, aussi sournois et insidieux, que difficile à combattre. Selon une enquête réalisée récemment à ce sujet, quatre millions de Français n’auraient guère plus de trois conversations par an !

La solitude et même l’isolement peuvent être recherchés, voulus, choisis… Par exemple par des artistes, des écrivains, des scientifiques… ou encore des religieux, des ascètes, des moines, dans une congrégation où la solitude les accompagne au service de Dieu et de leurs frères. D’autres peuvent s’installer dans un ermitage, comme Saint Charles de Foucauld. Et Saint François d’Assise, dès le début de son changement de vie, se mettait souvent à l’écart pour prier, dans une grotte, ou bien il s’astreignait à de longues marches, seul dans la forêt.

Même s’il est difficile à vivre, ce choix structure alors la vie de celui qui l’a fait : il est seul, mais avec le Seigneur s’il s’agit d’un religieux, ou avec son art, sa passion pour la science, la musique , ou la poésie, s’il s’agit d’un savant ou d’un artiste… Ce qui est extrêmement douloureux et difficile à vivre au contraire, c’est la solitude subie, celle que la personne n’a pas choisie, et qui s’installe dans sa vie progressivement, sans qu’elle s’en rende vraiment compte. Il s’agit alors d’une spirale qui désapprend à parler, d’une chape de plomb qui accable, d’un mur de verre qui enferme. Plus on est dans la solitude, plus la vie devient difficile :elle ne s’ajoute pas aux problèmes, elle les multiplie. C’est cette coupure de tout lien social qui rend la personne isolée si vulnérable : ‘‘créer du lien’’ devient alors une œuvre sociale à part entière , comme celle qu’assument tant d’associations comme le Secours Catholique, La Mie de pain, et tant d’autres, rattachées ou non à l’Église… Nous le savons : le Seigneur sait reconnaître ceux qui ont tendu la main à leurs frères.

Longtemps très seule, je resterai toujours reconnaissante à l’Église et aux églises de m’avoir laissé leurs portes ouvertes. Quand la douleur de cette solitude m’accablait, quand elle surgissait du silence qui m’entourait, quand je n’en pouvais plus de cette invisible prison, j’allais dans une église , une de ces ‘‘maisons de Dieu’’, où je savais qu’Il était présent. Et c’est dans une de ces églises que j’ai pu, un jour, rompre la solitude, parler à un prêtre, et reprendre peu à peu le chemin de la vie. Je tâchais, lentement mais sûrement, maladroitement mais passionnément, de mettre mes pas dans les pas de Jésus, vers la vie, la vraie Vie, auprès de Lui et de mes frères en Christ.

Marie

La Liturgie des Heures

Il est 5h00, Paris s’éveille…Heu ! Non, le monastère s’éveille dans l’obscurité. Des silhouettes furtives se hâtent vers la chapelle pour l’Office des Vigiles à 5h30. Peu à peu paraissent les premières lueurs du jour. Ensuite, six autres offices vont rythmer la journée de la vie de l’Eglise. Mais la Liturgie des Heures n’est pas uniquement réservée aux moines et aux moniales. Elle concerne le clergé séculier, les ordres religieux non cloîtrés de toute sorte, les personnes consacrées etc. Cette prière est offerte à tous les baptisés. Elle est une source de la vie spirituelle et apostolique pour chacun. Elle apporte non seulement de la gratuité mais aussi une respiration dans nos journées. Bien sûr, elle requiert une certaine souplesse, une adaptation à nos rythmes contemporains. Où et quand ? Il existe tellement de possibilités…Il m’est arrivé de prier l’Office des Vêpres, avec un ami prêtre, dans le métro. Nous alternions, à voix basse, les versets des psaumes et, semble-t-il, cela n’a dérangé personne.

La prière de la Liturgie des Heures permet de répondre à « l’heure de Dieu ». Elle nous fait sortir de notre subjectivité et de nos états d’âme. Lors de ma consécration dans l’Ordre des vierges, j’ai reçu les quatre volumes de la Liturgie des Heures avec ces mots : « Recevez le livre de la prière de l’Église ; ne cessez jamais de louer votre Dieu ni t’intercéder pour le salut du monde ». Cela m’a tout de suite installée dans cette mission. Je sais que je suis à la fois solitaire et solidaire : si je prie en solitude, je sais que je ne suis pas seule, mais reliée à tous ceux et celles qui prient la Liturgie des Heures.

Qui pourrait dire la richesse inépuisable des hymnes, des psaumes, des lectures bibliques et patristiques ? Tout est nouveau à chaque instant. J’aime me laisser surprendre par telle ou telle hymne harmonisée par Jean-Baptiste Musset pour les Voix du Jourdain. Je m’approprie  souvent tel ou tel verset de psaume pour crier vers Dieu ma détresse, implorer sa miséricorde, témoigner ma reconnaissance. Pas besoin de chercher les mots en moi, je les ai sous les yeux.

Dans un ouvrage récent*, Olivier-Marie Sarr, abbé bénédictin de Keur Moussa (Sénégal) assure « qu’il est indispensable de décider de prier, le désir de prier ne suffit pas » et d’ajouter « la prière n’est pas un problème de temps mais un problème d’amour, nous savons trouver du temps pour ce qui est essentiel ».

La Liturgie des Heures ? Telle une petite abeille, j’en fais mon miel chaque jour.

Brigitte

Brève de Mission…

Raphaëlle est une habituée des missions de rue. Elle s’est inscrite au Congrès Mission qui regroupe des milliers de chrétiens venus de toute la France dans l’immense salle de l’Accor Arena, à Paris. Arrivée un peu en avance, elle s’installe en face, au Bercy café, pour attendre son ami prêtre. Très motivée, de l’énergie à revendre en ce matin de novembre, elle a bien l’intention de commencer sa mission d’évangélisation en force. Et pourquoi pas dès maintenant ?

Elle interpelle le serveur :

  • Vous savez ce qu’il y a en face, ce week-end ?
  • Heu… Un concert ? Lady Gaga ?… répond le serveur, pressé.
  • Non, un grand rassemblement de chrétiens ! Vous croyez en Dieu, vous ?
  • Écoutez, madame, je suis athée et je n’ai aucune envie d’en parler répond le serveur, un brin énervé.  Qu’est-ce que vous buvez ?

Raphaëlle, déconfite, commande un café et se dit qu’elle a vraiment manqué de subtilité en y allant avec ses gros sabots. Sa journée de mission ne commence pas très bien… Arrive son ami prêtre, à qui elle confie ses déboires. Le connaissant, elle le met en garde et l’invite à y aller mollo avec le serveur, qui l’a renvoyée dans ses cordes. Quand celui-ci apporte la commande de Raphaëlle, le prêtre l’interpelle aussitôt :

  • Alors, il paraît que vous êtes athée ?
  • Le serveur interloqué bredouille : Oui, en effet, je ne crois pas en Dieu.
  • Ce n’est pas grave, continue le prêtre, c’est parce que vous ne Le connaissez pas. Lui, Il vous connaît, et Il vous aime.
  • Oh, c’est trop sympa, merci, mon Père ! s’exclame le serveur, qui a retrouvé d’un coup son sourire. Ils échangent alors une chaleureuse poignée de main sous les yeux éberlués de Raphaëlle.

Marion et Yves

Page 1 of 12

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén