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Lâchons nos cruches

En ce troisième dimanche de Carême, nous rencontrons la Samaritaine dans l’évangile de Jean 4 1 42 Comme d’autres personnages chez Jean (la Mère de Jésus, le Disciple bien aimé, l’Aveugle né elle n’a pas de nom, ce qui étend sa capacité à représenter une collectivité sans perdre sa particularité. Son identité symbolique met en garde contre toute interprétation littérale et réductrice de sa moralité supposée douteuse.

Le dialogue de la Samaritaine avec Jésus est, dès le départ, de haute teneur théologique. Elle commence par interroger Jésus sur ses infractions à la tradition juive il s’adresse publiquement à une femme, en voulant utiliser le même ustensile qu’elle. Elle questionne la prétention implicite de Jésus d’être l’égal du patriarche Jacob qui avait donné à Israël le puits où ils se trouvent. Elle poursuit son enquête sur l’identité de Jésus, et demande à connaître sa position sur le vrai culte, ce qui était une préoccupation importante pour la théologie samaritaine. Elle devine alors l’identité messianique de Jésus comme celui qui vient pour restaurer le vrai culte en Israël Jésus confirme son intuition et se révèle à elle comme le « Je le suis » de la révélation mosaïque (Ex 3 14). La femme abandonne sa cruche – tout comme les apôtres disciples de la tradition synoptique qui laissent des filets, des barques. Elle lâche les soucis de la vie ordinaire, elle quitte les contraintes de sa condition sociale, pour annoncer le Christ Sauveur à ses compatriotes samaritains.

L’intermède du retour des disciples illustre leur malaise le rôle théologique et missionnaire de la Samaritaine semble les troubler, car ils se considéraient comme les associés privilégiés de Jésus. Cependant Jésus leur rappelle qu’ils ne sont ni initiateurs, ni maîtres, de la mission aux Samaritains (4, 35-38). Toute revendication d’un rôle privilégié dans l’œuvre de Jésus est abolie par les paroles et les gestes de Jésus lui-même.

Que notre manière de faire mémoire de Jésus Christ, de vivre de son salut et de sa grâce, soit fidèle à son exemple lui qui franchit des normes sociales et religieuses pour aller à la rencontre lui qui accueille les questions et les résistances lui qui se révèle et confie sa parole à une femme marginalisée et discriminée.

Qu’il nous donne, comme à la Samaritaine, de lâcher nos cruches pour devenir témoins de l’eau vive qui apaise toute soif.

Katherine Shirk Lucas

LA TOURBIERE DE NOS AMES

Lors du premier week-end de Carême, je suis allée rando-péleriner jusqu’à l’Abbaye de la Pierre-qui-Vire dans l’Yonne. Pour accéder à ce site, il faut traverser la réserve naturelle des tourbières du Morvan – zone quelque peu hostile en un mois de février pluvieux. La tourbière est une zone humide dont le sol contient énormément de matière organique. La végétation, en mourant, s’accumule depuis des milliers d’années pour former une matière unique : la tourbe. La richesse des tourbières pour nos écosystèmes est infinie. Station d’épuration naturelle, puits à carbone, abri d’une faune et d’une flore rares : les tourbières sont des laboratoires archéologiques et écologiques à ciel ouvert.

L’effort de la marche prolongée avec les pieds mouillés m’a amenée cette méditation. L’accumulation de nos  vicissitudes, nos douleurs, nos échecs, nos péchés peuvent nous laisser, à un certain point de nos vies, un goût amer. S’ils sont laissés en l’état, ces « déchets spirituels » peuvent se transformer en cloaques nauséabonds prompts à nous faire souffrir ainsi que notre entourage. Mais il est impensable que cela soit ce que Dieu veut pour nous. Saint Paul dit aux Chrétiens de Rome – et donc à nous aussi – que « Là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé » (Romains 5,20). Si nous laissons le Christ  nous envahir, tels les végétaux dans la tourbière, ce qui est glauque peut mourir et se laisser transformer en un terrain étonnamment fertile. Entre volonté et nécessité d’abandon, Dieu peut se frayer un chemin en nos âmes boueuses.

La tourbière n’est pas un paysage des plus charmants. Nous pourrions lui préférer l’éloquence d’une montage, l’éternité d’un océan ou encore l’harmonie d’un bocage. Pourtant la tourbière, en ne représentant que 2 à 3% des terres émergées du globe, capte à elle seule plus de 50% du carbone (plus que l’ensemble des forêts !) rendant ainsi notre terre habitable. Puissions-nous nous laisser transformer mais d’abord transformer nos regards sur notre tourbe intérieure. Combien alors, à la Lumière du Christ, la tourbière de nos âmes blessées pourrait contribuer à l’œuvre de Dieu !

Bon chemin de Carême à toutes et tous,

Aline 

Jérusalem  2033 !

Avec Marie-Line, ma très chère épouse, nous avions hébergé deux jeunes luthériens finlandais, parmi des dizaines de milliers, venus pour une Rencontre européenne de Taizé à Paris, alors que les Fils de la Charité, en charge de notre paroisse (1937-2003), y étaient encore présents. Si j’évoque aujourd’hui ce beau et lointain souvenir, c’est parce que Léon XIV m’y a fait penser !

De fait, le pape a reçu récemment une délégation œcuménique finlandaise, à l’occasion de la Saint Henri, patron de la Finlande. Dans son discours, il a décrit la Finlande comme « un pays modèle pour l’oecuménisme« . Il a salué, en particulier, une déclaration trilatérale orthodoxe, luthérienne, catholique, et une déclaration des évêques d’Helsinki, cherchant à promouvoir une « culture de l’espérance, de la dignité et de la compassion » à propos notamment du développement des soins palliatifs et l’accompagnement en fin de vie. Dialogue et coopération de tous les chrétiens finlandais « à travers des paroles constructives et des actes charitables« . L’exemple finlandais doit nous inspirer et nous inciter, chez nous, à un dialogue et un travail communs sur le terrain entre tous les chrétiens, toute l’année, et pas seulement pendant la Semaine pour l’unité !

Frère Roger, fondateur de Taizé, écrivait en 2001, dans son magnifique petit livre « Dieu ne peut qu’aimer« , quelques années avant sa mort tragique, ces mots d’une rare authenticité : «  Après sa Résurrection, la présence du Christ se fait concrète à travers une communion d’amour qu’est l’Eglise. Les chrétiens auront-ils le cœur assez large, l’imagination assez ouverte, l’amour assez brûlant pour découvrir cette voie d’Evangile : sans retard, vivre en réconciliés » Paroles prophétiques d’un homme charismatique et courageux (il a caché des juifs pendant la seconde guerre mondiale) que j’ai rencontré à plusieurs reprises à Taizé, dans ma jeunesse et qui m’a marqué à vie. Taizé, un laboratoire vivant de l’oecuménisme !

Comment ne pas prier, avec cœur, le psaume 132 : « Oui, il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis !« . Psaume repris dans un célèbre cantique juif « Hine ma tov » chanté lors de la célébration hebdomadaire et infrangible du shabbat.

Et comment ne pas saluer, pour finir, l’audace de Léon XIV, pape sensible et réservé qui nous a réservé une belle surprise lors de son voyage en Turquie et au Liban en annonçant la convocation  d’un grand rassemblement de tous les représentants des Eglises chrétiennes à Jérusalem, en 2033, pour célébrer les 2000 ans de la mort et la résurrection du Christ !

A Jérusalem, là même où les premiers chrétiens juifs, comme les apôtres, furent à l’origine des prémices, avec d’autres, de ce qui allait devenir l’Eglise Une, d’avant les déchirures et les séparations… Notre unité du baptême doit nous conduire demain à une pleine communion. Assis ensemble à la même table du Christ.

Le pape Léon XIV, pasteur universel du Peuple de Dieu !

Edmond Sirvente

Dons et charismes

Ah ! dit la belle-fille : ma belle-mère a vraiment le don de m’exaspérer. Et réciproquement, d’ailleurs. Cette animosité ne date pas d’hier. Rien de nouveau sous le soleil. Le prophète Michée (7, 6) constate : « …la belle-fille [se soulève] contre sa belle-mère ». En Luc (12, 49-53) c’est Jésus qui annonce qu’il est venu mettre la division sur la terre : « Ils se diviseront …la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère ». Mais alors, peut-on parler d’un don quand il s’agit d’une relation entachée par le ressentiment, l’aigreur, les regards mauvais, des jugements faussés ? Il me semble que le seul antidote à cette situation c’est le pardon que j’écrirais bien volontiers par-don.

Heureusement, il y a des dons positifs. Par exemple j’ai un don pour jouer de la clarinette (rassurez-vous, ce n’est pas mon cas). Mais ce don ne risque-t-il pas d’être teinté d’une certaine autosatisfaction, d’un certain orgueil, d’un certain désir d’être reconnu, voire adulé ? Nous pourrions nous vanter de nos capacités, de nos réalisations et de nos succès.

C’est saint Paul qui nous offre la clef de compréhension de ce qu’est un véritable don : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » (1 Co 4, 7). Tout ce que nous avons n’est pas acquis par nous-même mais reçu de Dieu. Nous sommes donc invités à recevoir les dons du Saint Esprit : « la sagesse, l’intelligence, la force, la science, le conseil, la piété et la crainte ». (Is 11, 2-3). Et saint Paul de rappeler : « Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous ». (1 Co 12, 4-6). Ainsi les dons deviennent des charismes car la grâce de l’Esprit Saint est donnée pour la vie de l’Église, l’annonce de l’Évangile et le service du bien commun. Ils sont à accueillir avec gratitude comme l’indique le Catéchisme de l’Église Catholique (CEC § 2003). Les dons que nous avons reçus, nous les donnons, nous les partageons pour qu’ils soient utiles à tous. Ce qui distingue le charisme d’un simple talent humain, c’est que son fruit dépasse largement les capacités individuelles.    

Charisme est aussi un mot qui nous renvoie aux mouvements charismatiques apparus en 1960 au sein de diverses Églises protestantes. Le renouveau charismatique accorde une place importante au pardon et à la louange caractérisée par la joie et la spontanéité. En France, plusieurs communautés nouvelles catholiques se réclament du Renouveau charismatique : Chemin Neuf, Béatitudes, Emmanuel.

Et je crois bien que toute notre communauté paroissiale est vraiment charismatique. Rendons grâce à Dieu

Brigitte

EN 2026, ASSAISONS NOS VIES AVEC DU CIEL !

Une bonne résolution en 2026 ? Mettons du Ciel dans notre vie ! C’est-à-dire : l’associer à tout bout de champ à nos existences quotidiennes. Comme du sel que l’on mettrait sur un bon petit plat et qui rehausserait le goût ! Voici mes quelques trucs et astuces.

A la messe, d’abord. Un petit truc que j’ai implémenté, pour vivre vraiment la célébration en communauté, c’est d’envoyer mon ange gardien vers les anges gardiens de toutes les personnes présentes, et de lui demander de vivre avec eux une communion d’Amour en Christ ! Manière d’être avec les autres, en communion de cœur. Rien n’empêche également d’inviter (virtuellement) des personnes qui ne peuvent être présentes, qui aimeraient être là… ou encore, avec qui on vit des situations difficiles. Leur dédier la messe, communier symboliquement avec elles. J’ai souvent une pensée pour Sainte Jeanne d’Arc (of course !), qui pendant son procès, avait été exclue de messe et d’eucharistie. Grande douleur pour elle, qui ne demandait qu’à « ouïr messe ». Alors je l’invite symboliquement à mes côtés, pour réparer ses souffrances du cachot… De même, merci au Père Bruno de nous avoir rappelé que, lors de l’élévation de l’hostie, on peut dire dans son cœur : « Mon Seigneur et mon Dieu, je t’adore et je t’aime ».

Dans la vie quotidienne, ensuite. Sous la douche quotidienne, se dire : « Seigneur, bénis-moi par cette eau ». Bénir chaque repas. On peut aussi associer le Saint correspondant à la situation présente. Par exemple, j’aime bien me dire : « Sainte Cécile, priez pour nous » avant d’entendre de la musique. La musique devient plus forte, plus présente, elle qui était déjà un trait d’union, une sorte de glu entre Terre et Ciel, où nous trouverons après notre mort une existence purement musicale.

Ainsi de suite avec les autres Saints patrons ! Il faut prendre l’habitude de confier non seulement ses joies, mais aussi son Ombre, sa part obscure à Dieu. Quand j’ai une sale pensée (de mépris, d’orgueil, de violence, de possessivité), plutôt que de la refouler (parce que malgré tout elle est là !), j’essaie de prendre l’habitude de dire : « Sainte Vierge, je te confie cette pensée ». Une saine gymnastique mentale ! Quand on ne peut pas se confesser tout de suite, et en attendant de le faire, on peut faire appel à Saint Jean-Marie Vianney (le Saint super-confesseur), pour lui confier nos fautes.

Pourquoi ne pas tenir un cahier de pardon (à ne pas laisser traîner!) pour lancer dans le Ciel une demande de pardon de toutes les personnes qu’on a offensées ?

Bref : la Chrétienté peut être un grand terrain de jeu ! Donc soyons créatifs dans nos prières spontanées, afin d’amener le sourire du Ciel dans chacun des aspects de notre jour. Et donnons, donnons sans cesse à Christ. A commencer par cette nouvelle et sainte année 2026 !

Ludovic K.

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